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Joshua Hamilton [TERMINE]
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MessageSujet: Joshua Hamilton [TERMINE] Joshua Hamilton [TERMINE] EmptyVen 15 Mar 2019 - 18:06
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Hamilton Joshua
Pansexuel
30 ANS
Américain


  
“Trop d’intelligence tourne en folie.” Proverbe. – comme quoi, y’a des proverbes pour tout. -

  

  
Humain. Humain docile qu’on pourrait même dire, même si fut une époque où il avait assez de contrôle sur lui-même pour faire de l’humour et être une petite merde arrogante et impertinente. Véritable génie, son quotient intellectuel avoisine les 286, malheureusement, la schizophrénie associée à une dépression mélancolique et des épisodes psychotiques graves  l’ont conduit à faire de nombreuses tentatives de suicides, deplus, les prises conséquentes de médicaments. Par conséquent, sa scolarité fut grandement contrariée. Le fait est qu’il refusa de quitter la vie normale jusqu’à ses 18 ans avant de se lancer réellement dans les grands projets. Diplômé de la Haute Ecole de Cinéma et de conception de Jeux, ainsi que du MIT (Major de promo), il ne put malheureusement pas terminer celle de Harvard : il fut envoyé en hôpital psychiatrique avant.  C’est donc un expert en biologie, chimie, nouvelles technologies et un excellent dessinateur et concepteur. Il n’a rien contre les hybrides, il les trouve d’ailleurs fascinants, au point d’avoir conçu un remède pour ceux qui étaient nés humains puis transformés, afin de leur redonner leur vie arrachée. Il n’a aucune vision de l’avenir parce qu’il entend toujours des voix et que ses crises sont toujours extrêmement violentes. Détruit psychologiquement, il a un mal fou à s’accrocher et à estimer l’avenir comme autre chose que sombre et chaotique.


  
Meet me
CARACTÈRE
Il est difficile de décrire précisément le sujet, principalement à cause de sa schizophrénie, dépression et ses épisodes psychotiques. Il est également extrêmement intelligent, comme seul un individu au monde peut l’être. De ce fait, on ne peut dire précisément si l’image qu’il donne est celle qu’il est ou celle qu’il veut bien montrer. D’après ses proches, Joshua est un garçon gentil et loyal, protecteur, mais aussi et surtout autodestructeur. Il s’intéresse à l’art, mais aussi à la science et aux nouvelles technologies. Il a de grosses difficultés à sociabiliser, du moins comme n’importe qui le ferait, et de part ce fait, rares sont les personnes à être réellement considérées comme des amies. Joshua est également secret, préférant garder ses problèmes pour lui plutôt que d’ennuyer son entourage. On pourrait penser que son intelligence lui confère une grande confiance en lui, mais il n’en est rien. Il se sent régulièrement en insécurité et plein de doute. Son humour était une manière de se protéger, tout comme se plonger dans des projets. Ces derniers finissant généralement par devenir des obsessions. Curieux de tout et ouvert d’esprit, Joshua ne juge généralement pas ceux qui se présentent à lui. Malheureusement, son esprit étant ce qu’il est, il n’oublie rien, enregistre tout ce qu’on lui dit ou lui fait, et s’il semble toujours s’en accommoder, il ne faut pas s’y fier : il est bien trop sensible et émotionnellement instable que pour affronter une situation de grand stresse. De plus, les « soins » subit lors de son dernier internement l’ont rendu extrêmement méfiant envers toute personne cherchant à entrer en contact avec lui ou cherchant à le toucher, alors même qu’il était quelqu’un de plutôt tactile à l’époque. Calme et observateur, le sujet a aussi tendance à n’avoir aucune considération pour son corps, sa vie ou tout ce qui le concerne : il a renoncé à être heureux.

PHYSIQUE
Le patient peut être décrit comme attirant. Au vu de ses conquêtes passées, il n’a visiblement aucun mal à trouver quelqu’un à mettre dans son lit. Nous pensons cependant qu’il n’éprouve aucun réel besoin de satisfaire des besoins sexuels. Le jeune homme a un visage doux, gentil, mais un regard que l’on peut qualifier de hanté. Ses yeux sont bleus, probablement captivants pour quiconque ne fait pas attention. Il oscille entre visage expressif et visage neutre, très certainement durant des épisodes d’éveils et de retrait. Mesurant 1m83, Joshua a un corps svelte mais athlétique, de sorte qu’on pourrait rapidement sous-estimer son agilité et sa force. On ne penserait certainement pas en le regardant qu’il s’agit d’un homme qui connait toutes les manières de vous tuer avec un trombone et comment cacher un corps. De par sa nature, Josh est également couvert de cicatrices révélatrices, notamment au niveau des bras et plus spécifiquement des poignets. Quelques traces sont également visibles aux jambes et aux hanches, souvenirs de mutilation effectuées dans le but de se calmer. Il possède également une cicatrice au niveau de la tempe. La forme circulaire pourrait faire penser à la trace d’une cigarette s’il ne s’agissait pas de quelque chose de plus gros : une trépanation. Il n’essaye généralement pas de la dissimuler avec ses cheveux noirs. Ni avec du maquillage.
 
 


  
Qui est réellement sain dans ce monde ?

Consultation  219
 
La salle est toujours aussi propre, toujours aussi confortable. Le bureau est toujours en bois sombre, lustré, un bocal à bonbons sur lequel je louche, plus pour penser à autre chose que par envie. Il y a un grand sous-main d’un vert profond, je dirais vert véronèse. La lampe est moderne et sa lumière est douce. Je n’ai pas envie de la regarder, pas plus que je ne veux écouter mon Monsieur Landris. Non pas qu’il ait quelque chose à dire : cela fait bien dix minutes qu’il tourne sa cuillère dans son thé. C’est à moi de parler, j’en ai aussi conscience, mais je n’ai rien à raconter. Ma vie est parfaite, j’ai deux adorables sœurs, un frère chiant… Une famille normale. Landris pense que le fait que nous soyons chaque fois des paires jumelles est une bonne chose d’ailleurs : elle nous rapproche, nous soude. Je sais qu’il s’inquiète du manque de présence de nos parents, mais encore une fois, ça n’a jamais été un problème : nous avons appris à composer avec.
 
- Josh ?
- Um ?
- Je voudrais que vous regardiez cette image et que vous me disiez ce que vous voyez.
- Un papillon.
 
Il soupire légèrement : je n’ai pas daigné regarder, et je ne compte pas le faire. C’est un test stupide, celui de Rorschach. C’est juste des taches d’encre, il notera ce que je dis, et suivant une petite fiche, il analysera ce que je dis. Je l’ai déjà fait, avec lui, comme avec mes trois autres psychiatres. Je l’ai aussi fait avec mes deux pédopsychiatres, et ça ne m’a jamais aidé. C’est pour ça que je suis ici, et c’est pour ça que je le vois deux fois par semaine. C’est aussi pour ça que je déteste venir. Cole m’oblige, je sais qu’il sera dans la voiture à m’attendre, en lisant un bouquin, une clope au bec, et qu’il ne me demandera rien sur ma consultation. Pas plus que Steevy. Ce n’était pas comme si je voulais raconter ce genre de truc à mon meilleur ami. Avec lui, je voulais plus… mater des films, jouer à des jeux pc, surtout d’horreur parce que c’est à pisser de rire quand il sursaute. Avec lui, c’est malbouffe et compagnie, et s’endormir très tard. Avec lui, s’est le regarder dormir pratiquement toute la nuit, parfois toute la nuit et faire semblant de dormir lorsqu’il commence à se réveiller, pour ne pas l’inquiéter. Nous dormons dans le même lit, le mien étant tellement grand que je pouvais facilement y mettre trois personnes – moi compris. – Du coup, et même si nous avons passé l’âge, et même s’il a toujours un matelas à lui par terre, il grimpe toujours dans le mien, quand il n’est pas dedans depuis le début. Personne n’a jamais trouvé à y redire parce que nous avions toujours agit ainsi. Ma main dans son dos pour le garder tout proche et profiter de sa chaleur, même en étant en pleine canicule. J’avoue que dans ces cas là, c’était juste pour l’emmerder. 
 
- Josh, s’il te plait.
 
Je soupire lourdement, levant les yeux au ciel et mon regard tombe sur la tache. Je ne fais pas l’effort de la fixer plus d’une seconde, avant de relever les yeux vers Landris.
 
- Un papillon.
- Josh.
- Lepidoptera Arthropoda
- Autrement dit…
- Un papillon.
 
Mon sourire est beaucoup trop grand. Il ne fait qu’essayer de m’aider, mais je ne parviens pas à… le satisfaire. C’est assez récurent chez moi, décevoir les gens. Le seul qui parvient à me supporter presque H24, c’est mon bro. Pas mon vrai bro, mais mon bro de cœur. Il essaye vraiment de m’aider, mais depuis que nous sommes au lycée, c’est… différent. Pas juste parce que nous sommes dans des filières différentes, mais parce qu’il traine avec d’autres gens, plus qu’avec moi, qu’il est différent avec eux, qu’il leur parle, leur sourit et qu’il sort avec eux. Et puis y’a cette fille. Maya. De magnifiques cheveux roux, des taches de rousseurs, juste ce qu’il faut, sur les pommettes, sur le nez, un sourire ravissant, des yeux verts comme l’herbe d’été. Rien que de repenser à la description détaillées et ô combien niaise de Steve, je sens la lassitude m’étreindre. Il était tellement amoureux que s’en tait ridicule. J’en avais assez de l’entendre parler de cette fille. Lorsque nous parvenons enfin à être ensemble, sans devoir ou sans travaux, il trouve toujours le moyen de me parler de cette meuf et ô combien elle est parfaite. Je la déteste. Je la déteste parce qu’à cause d’elle, il est un peu moins avec moi. Il a le droit d’avoir sa vie, ça serait même plutôt cool qu’il perde enfin son pucelage, mais… certainement pas avec elle. Elle ne sera jamais assez bien pour lui. Pendant que je me perdais dans mes pensées, Landris avait continué de parler. Visiblement il attendait une réponse, vu le silence et la tête qu’il tirait. Qu’est-ce que… ah oui. C’est bon pour moi, je dois faire des efforts, comme tout le monde en fait autour de moi. C’est important pour mon suivi, pour évaluer… Bref, pour tout.
 
- Gris anthracite, en parfait contraste avec la perle. Espaces triangulaires pas assez tranchés. Argent et gris acier. Il y a de nombreuses éclaboussures. De petites taches autour de la tache, on dirait le crâne explosé par un gros calibre. Ou quelqu’un de dépecé. Surtout de dépecé. Toutes les nuances de gris, ça fait vraiment comme les vieux films d’horreur.
 
Et c’est ainsi durant tout le reste de l’heure. Conclusion ? Concentration essentielle sur les couleurs, signifiant un risque de conflit, le sujet pouvant devenir incontrôlable et très irritable. Concentration sur des parties autour de la tache : agressivité, non-conformisme, tendance au conflit et à l'agressivité. Anatomie, corps mutilés, sexe : esprit déséquilibré. Landris me félicite pour ma franchise, mon regard est vide. Je me demande s’il croit encore que j’ignore ce que signifie tout ça, ou s’il fait juste semblant parce que c’est bien plus convenant ainsi. S’il pense que je n’avais moi-même pas fait des recherches, que j’étais resté les bras ballants, attendant que les Psychiatres me donnent leurs saintes bénédictions et leurs jugements, ils se trompaient, comme tous les autres. La séance se termine, il me salue chaleureusement et je bouge enfin mes jambes du fauteuil. Mes pieds étaient sur le rembourrage, contre ma poitrine : position de défense. Je n’avais rien à cacher et j’étais autant en confiance qu’on pouvait l’être avec lui. Je déteste juste être là. J’aurais pu mentir, je sais que cela m’aurait évité des ennuis, mais je savais également que Landris aurait compris mes agissements : il me suivait depuis presque deux ans maintenant. Il se releva tout comme moi et me tendit une petite liasse de papiers : de nouvelles ordonnances. Je les prends, les fourrant dans ma poches sans plus les regarder. Les noms tournaient dans ma tête, inlassablement, comme une mélodie maudite. Des pilules qui en rejoindront d’autres, dans une boite parfaitement ordonnée.
 
***
Le son horripilant d’un jeu d’horreur indépendant mis beaucoup trop fort dans une pièce beaucoup trop sombre retentit dans toute ma chambre. Steve est assis par terre, la manette de jeu dans les mains, devant la télévision. Je suis sur le lit, jambes de part et d’autres de son corps, chipotant lascivement avec ses cheveux cuivrés. Il se pince les lèvres, le visage concentré, les yeux rivés sur l’écran, cherchant dans le noir du jeu une sortie et une échappatoire à l’horreur. Il a trouvé la carte d’accès de la salle de réception, salle de réception où, nous l’avons vu, se balade un horrible monstre qui viendra se rajouter à la longue listes qui lui court déjà après. Je regarde le haut de ses cheveux, le contour de ses lunettes, le petit bout de langue qui dépasse sous l’effet de la concentration. Une main apparut devant le boitier, passant la carte. Ce dernier émit un petit bip répétitif avant que la lumière rouge ne passe au vert et que le bruit du loquet ouvert ne s’enclenche. Il ouvrit la porte se retourna et sursauta, hurlant des plus virilement, me faisant éclater de rire, alors qu’il appuyait frénétiquement sur les boutons afin de fermer la porte et la verrouiller. Il gémit à nouveau lorsqu’il découvrit que ladite porte subissait les asseaux de la créature, et ne tiendrait pas longtemps. Il se précipita dans un couloir au hasard, puis un autre, avant de trouver une armoire et de s’y cacher, mettant le jeu en pause.
 
- Mec, ce jeu est flippant.
- C’était évident que ça allait arriver.
- Ah ouais ?
- Ouais.
 
Il me pince vicieusement le mollet, me faisant fuir tel un chat en colère. Il regarde le jeu toujours en pause, l’écran de menu pixélisé et tremblotant affiché de manière faussement sinistre. Steve se tourne vers le lit, croisant ses bras et posant son menton sur eux, me fixant. Je sais qu’il va parler, et je sais, au vu du silence, que je ne vais pas aimer ce qu’il va dire. Quand on passe autant de temps avec quelqu’un, on finit par le connaître. Steve est un peu le cinquième enfant ici, il a grandi avec moi, avec nous, il était autant ici que moi chez lui, et d’aussi loin que je me souvienne, Steve a toujours fait partie de ma vie. Il était là lorsque tout avait commencé, là lorsque j’ai commencé à sentir… ces choses. Rien de sexuel, rien de ce que les adolescents commencent à ressentir, non. Il a été le premier a qui j’ai parlé de ce que je ressentais, le premier alors que j’aurais pu en discuter avec Cole. C’était mon frère jumeau après tout, et il devait forcément savoir quand j’allais mal… sauf que c’était à Steve que j’en avais parlé. Les idées noires que j’avais, l’impression sévère d’être une sorte de boulet que les gens traînaient parce qu’il fallait bien se coltiner le pauvre petit Joshua. Qu’on ne me supportait que pour la simple raison que mes parents étaient connus, et que j’étais riche. Ma première tentative de suicide l’avait quand même bouleversé. Personne ne s’y était attendu, et comme une preuve de l’échec que j’étais, je n’étais pas parvenu à en finir. C’était lamentable. Il avait pourtant été à mon chevet, des cernes se dessinant sous ses yeux bleus. Mon pauvre Steve avait été inquiet, tellement qu’il en avait oublié de me crier dessus.
 
- Maya voudrait te rencontrer.
- Elle me connait déjà.
- Josh, elle ne fait que te croiser, et tu ne lui parles même pas… Elle est géniale, tu vas l’adorer !
- Ce n’est pas parce qu’elle rit à tes blagues stupides qu’elle est forcément géniale.
- Tu ris à mes blagues stupides.
- C’est bien ce que je dis.
 
Le problème, lorsque l’on connait quelqu’un depuis si longtemps, et qu’on est aussi bien avec, aussi « naturel » c’est qu’on oublie assez rapidement de se surveiller. Les répliques fusent avant que je ne puisse me contrôler, et la dernière phrase sort, et je vois la douleur dans le regard de Steve. Seulement voilà, je faisais déjà de gros efforts pour apprendre à connaître les amis de Steve. C’était les siens avant d’être les miens, même s’il prétendait le contraire. D’après lui, j’étais infiniment plus cool que sa pauvre petite personne de nerd. J’étais plus athlétique, plus beau, plus intelligent, plus riche. J’avais toutes les qualités à ses yeux. Je suppose qu’il préférait m’aimer trop que pas assez. Steve avait longtemps été comme ça, aujourd’hui encore il se souciait de moi, bien plus que ces parents ne le voulaient. Après tout, c’était ces parents qui lui avaient un jour dit que les hommes ne se tenaient pas par la main, ni ne dormaient dans le même lit. Quand nous avons vieilli assez que pour nous intéresser aux filles, ce commentaire nous avait paru… étrange. Ou plutôt, Steve m’avait rapporté les propos de ses parents, d’une petite voix, timide, comme si j’allais pouvoir m’énerver contre lui. D’un commun accord, nous avions convenu d’agir comme bon nous semblait chez moi, et de faire attention dès que nous sortions. Nous ne nous tenions plus la main, mais nous avions trouvé d’autres gestes que nous pouvions faire une fois à l’abri dans une chambre, comme caresser les cheveux, ou poser sa tête sur le ventre de l’autre pour travailler. On trouvait toujours des solutions… En revanche, elles n’émanaient pas toujours de moi : j’avais beau effectivement être intelligent, avec un quotient intellectuel avoisinant les 256, j’avais toutes les difficultés du monde à entrevoir des solutions aux problèmes d’ordre social. Ca n’avait pas grand-chose à voir avec le fait que je m’ennuyais globalement dans tout ce que j’entreprenais comme étude et que les gens, tout aussi généralement, m’ennuyaient. Steve en revanche était l’exception. Sa bêtise était touchante… Et il essayait de m’aider. Je voulais pouvoir le garder pour moi seul, tel un égoïste, mais il avait besoin d’être plus entouré. Il avait besoin d’une gentille fille à ses côtés. Je grimaçai, mon imagination galopant pour l’imaginer avec Maya. Je n’avais aucune envie d’imaginer ça.
 
- On pourrait aller boire un verre et manger un truc ? Se faire un film, tous ensembles. Tout le groupe. Ca fait longtemps. Je crois qu’Eden est amoureuse de Rahph’.
- Oh bon sang… Je l’ai pas éduquée comme ça…
 
Steve rit de bon cœur, le sourire revenu sur ses lèvres et une lueur dans les yeux. J’aime ce regard, c’est aussi pour ça que j’essaye tellement de m’en sortir : je ne veux pas l’inquiéter. Ni lui, ni Amber, ou Eden ou Collins. Mes parents ? C’était pas que je ne m’entendais pas avec eux, au contraire : quand j’étais gosse, j’étais super proche avec mes parents, surtout mon père, et j’adorais le regarder imaginer de nouvelles scènes pour ses films d’horreur, trouver de nouveaux systèmes pour ses pièges et faire des effets réalistes. Mais depuis que j’ai été diagnostiqué… Je crois que mon père fuit la réalité. J’en suis même plutôt persuadé. Quant à maman… Elle a toujours eu du mal avec moi. J’étais censé être son fils ainé, et elle se retrouvait avec un petit monstre surdoué et dépressif-suicidaire. La pauvre, elle était plutôt mal tombée. Les autres ? Globalement, je dirais que l’intelligence était de famille. Ambre et Eden étaient des intelligentes également, mais à bien moindre niveau. Pareil pour Cole, mais faut croire que le premier né raflait la mise. J’ignore si je devais être heureux d’avoir également raflé tous les problèmes de santé. Aucun de mes frères et sœurs ne semblaient avoir mes difficultés avec son esprit ou le monde. 
 
- Ouais, pourquoi pas. On peut utiliser la salle de projection, et se faire livrer.
- J’imaginais pas ça comme ça…
- C’est plus intime. Et on aura une salle de ciné rien que pour nous, sans chieurs pour nous faire « chuuut. »
- Tu adores faire des commentaires.
- Evidemment.
- On se fait ça… vendredi ?
- On sera pas le treize ?
- ‘Tain bro, je te vois venir. On se fera pas Vendredi Treize.
- C’est un classique !
- Je l’ai vu six fois ! Et les filles n’aimeront pas.
- Je ne serai pas responsable de la conception de bébés dans ma salle de cinéma.
- Tu es dégelasse.
- Steevy, les bébés, c’est une chose naturelle. Leur conception aussi…
- Tais-toiiii !
 
Il était à présent sur le lit, couché telle une pauvre victime, et se bouchait les oreilles en fermant les yeux tandis que j’expliquais en détail comment les humains faisaient des bébés. Le plus drôle ? C’est que Steve savait parfaitement la théorie, mais qu’il était tellement prude que c’était devenu une manière pour nous de rire. Parce que théoriquement, je ne voulais que son bonheur et que pour se faire, je devais l’aider à conclure avec Maya. Je lui avais déjà donné des conseils, des conseils que je savais marcher avec les filles, que j’avais mis en pratique, mais qui malheureusement ne me touchait pas. Ca ne venait pas du cœur en somme. Tout ça théoriquement, parce qu’en pratique, je détestais tout ça. Je n’étais pas heureux pour mon meilleur ami, alors que ce dernier était toujours exagérément content de savoir que je sortais avec quelqu’un, et horriblement peiné de savoir que nous avions rompu. Quel type d’horrible ami cela faisait-il de moi ?
 
***
 
La suite logique de cette histoire ? C’est que la proposition avait été rapidement relayée, histoire qu’une heure plus tard, tout le groupe de potes étaient au courant que vendredi, c’était le squat chez moi. Amber était aux anges, Eden se disait qu’elle devrait éventuellement s’acheter de nouveaux vêtements, avant que Collins lui dise que c’était quand même aberrant d’être un tel cliché Barbie. Ce sur quoi elle s’était offusquée, et les filles avaient disparu dans leur chambre. Collins quant à lui avait demandé ce que nous allions regarder – « Vendredi 13 ? : D » et avait été plus que ravi d’entendre mon choix. Toute la famille serait donc là – sauf les parents, mais c’était pas une nouveauté – ainsi que les sept amis proches de Steve. Nous serions donc douze. C’était parfait.
 
La préparation à cette soirée se résuma à acheter pas mal de bière qu’on mit au frai, dans le frigo de la cave, quelques liqueur plus fortes, et surtout beaucoup plus fortes, ainsi que des sodas. Plusieurs fruits, puisqu’Abi était végétarienne et qu’elle ne jurait que par les smoothies pour se désaltérer. Evidemment, et pour respecter son idéologie, j’avais trouvé ce fameux magasin dont elle me vantait les mérites et qui était complètement bio et en parfaite harmonie avec le climat et l’écologie. Bref, le must pour elle. Et donc la soirée. Tout était prévu : accueillir les gens, attendre que tout le monde se gare dans l’allée, qu’on papote, qu’on prenne de nos nouvelles, qu’on se complimente. Il fut décidé de commander les pizzas et autres repas pour la fin du film, où l’on ferait quelques jeux à boire également. Les bières furent distribuées et Steve avait l’air aux anges, Maya proche de lui et ne cessant de l’effleurer, d’avoir cet horrible sourire stupide sur la gueule. Abi vint à un moment me demander comment j’allais, réellement inquiète parce que globalement, je ne la voyais pas souvent et que nous nous entendions bien. Elle venait souvent ici : c’était la meilleure amie de mes sœurs, et elle était au courant de mes… problèmes, tout comme l’était Steve. Les autres ? Les autres ne savaient pas et c’était mieux comme ça.
 
- Tu as pris te médicaments ?
- Ouaisouais. J’ai changé de prescription, mais ça va.
- Des effets secondaires ? Hypotension, sécheresse de la bouche ? Je secouais la tête, les mains dans les poches. Vu que je commençais à m’impatienter, elle dû le remarquer. Son regard se porta sur la partie basse de mon corps, me faisant hausser un sourcil. Pourtant, lorsqu’elle reprit la parole, la voix basse, elle était très sérieuse. Aucune trouble de l’érection ? ou éjaculation ? Tu peux m’en parler, je suis là pour toi…
- Aby !
 
Elle éclata de rire sous mon regard faussement outré. Elle me frappa aussi le bras et c’est à peu près à ce moment là que tout le monde se dirigea vers la salle de cinéma, la troupe guidée par Ambre. Quant à moi, j’étais parti dans la régie pour tout installer. La bobine était déjà sortie, il ne restait plus qu’à la sortir de son écrin de métal pour le placer sur le projecteur. Je ressentais toujours cette poussée d’adrénaline, cette dévotion en enfilant des gants pour ne pas abîmer la pellicule. Que le film soit mauvais ou bon, j’adorais tout cet univers, toute cette histoire, cette machination fantasmagorique qui permettait à tout un chacun de s’échapper de son quotidien, de voyager, d’apprendre et de découvrir. J’étais bêtement excité parce que ce film était, si pas mon préféré, celui que j’adorais regarder avec Steve. C’était le premier film que j’avais vu avec Steve, et nous étions tout gamins. C’était toute notre enfance, c’était passé à la télévision, où mon père avait trouvé judicieux de nous l’enregistrer. Nous l’avions vu et revu, surtout parce que j’étais obsédé par l’idée de comprendre cette… chose. J’en connaissais toutes les répliques, tous les plans, tous les personnages, inventés ou non, chaque tempo de musique, l’histoire vraie de chaque figure historique… je connaissais également toutes les anecdotes de la création… Steve avait toujours adoré les écouter, je supposais donc que ce choix de film lui plairait. Quant aux autres… ils passeraient sûrement un très mauvais moment psychédélique. Je quittai la pièce, le sourire aux lèvres, avisant un seul coup d’œil que tout le monde avait trouvé sa place : Amber était avec Cole et Aby au tout dernier rang, Diane et Thalia était un peu plus devant au quinzième, au milieu, toutes deux avec leurs copains, Derek pour Thalia, et Noham pour Diane. Raphaël était un peu à l’écart avec Eden, au douzième rang. Steph’ avait expressément choisi une place seule, pour être tranquille durant le film. Maya et Steve étaient au milieu, littéralement, de la salle, en grande conversation.
 
Mon sourire se figea en les voyant, Maya se penchant pour chuchoter un truc à son oreille qui le fit glousser. Elle eut un geste beaucoup trop tendre et intime, à savoir remettre ses lunettes en place et je ressenti un élan de colère et de haine pour cette fille. Tout en me rendant compte que nous n’étions pas douze, mais treize, comme si mon cerveau avait définitivement voulu évincer l’existence de cette… créature du plan terrestre. Tout cela ne dura qu’une fraction de seconde, peut-être un peu plus, mais certainement pas assez pour alarmer les gens qui continuaient leurs bavardages. Je descendis donc rapidement les marches pour arriver sur l’estrade, devant le drap blanc, un magnifique sourire sur le visage. Allez, le show pouvait commencer.
 
- Mesdames, Messieurs, merci d’être venus si nombreux ce soir pour regarder avec moi ce Chef d’œuvre de la cinématographie. Il est de mon devoir de vous parler de ce grand classique ; inoubliable, il hantera vos jours et vos nuits. Suspense, amour et morts seront au rendez-vous. Tiré d’un fait divers glaçant, il vous fera voyager dans un autre monde. Profitez de ces quelques 110 minutes, version longue, évidemment. Mes amis… Que l’horreur commence !
 
J’étais fait pour ça. Ou du moins, j’appréciais putain de bien de pouvoir jouer avec les mots comme ça. Je capte carrément le regard de reproche de Steve qui est persuadé que j’ai poussé le vice de mettre Vendredi 13, un vendredi treize, alors que nous étions treize, mais mon sourire narquois lui fait lever les yeux au ciel. Cet échange n’est rien que pour nous, même l’Abeille n’a rien remarqué. Une vague de murmure s’élève donc, enthousiaste et curieuse, et je fuis vers l’arrière salle, le sourire disparu, éteignant progressivement les lumières et lançant Titanic : La Légende continue..
 
Je ne les rejoins pas.
 
***
Cela devait faire bien quinze minutes que j’étais monté dans ma chambre. Puisque je n’étais qu’un nerd vivant de la lumière de mon écran, toutes les lumières étaient éteintes. C’était bêtement plus commode pour travailler, et cela calmait le début de migraine que je ressentais, ainsi que le début de nausée. De là à dire que c’était la présence de Maya dans ma maison qui me causait ces emmerdes, il n’y avait qu’un pas. Seulement ce n’était pas ça. C’était quelques effets secondaires du traitement lourd que je suivais, effets secondaires dont je refusais de parler parce que ça n’en valait pas la peine et que c’était gérable. J’avais vécu pire après tout.
 
Ainsi donc, j’étais dans ma chambre, bossant sur un jeu que je construisais en secret, du début à la fin, du scénario au codage, au montage, du moindre petit dialogue au moindre dessin 3D. Pourquoi ? Parce que j’étais un couillon sentimental et que c’était le cadeau d’anniversaire de Steve, et que j’avais envie de le voir y jouer. Ce n’était pas un jeu d’horreur, c’était bêtement un jeu qui retraçait tout notre parcours. Les répliques étaient celles que nous avions, des moments que nous avions partagés, et les réponses aux devinettes ; des lieux, des choses que nous avions vues, vécues, trouvées. Le cadeau de fin ? C’était un vulgaire album photo que j’avais acheté, faisant vieillot, et je m’étais amusé à retrouver toutes les photos de lui, de moi, de nous, et de recréer en souvenir, notre amitié. Il m’arrivait de bosser toute la nuit sur tout ça, lorsque je n’arrivais pas à dormir, vu que les insomnies étaient plutôt régulières avec moi.
 
On frappa à la porte et je ne répondis évidemment pas. Mes sœurs ne frappaient pas – Ambre ne frappait pas, Eden avait la décence d’attendre quelques secondes – et Cole… Bah Cole c’était mon bud quoi. Mon twis, mon petit frère jumeau. Du coup, il n’attendait pas de réponse. Voilà la différence entre mes frères et sœurs : l’une ne frappait pas avant d’entrer comme une sauvage, l’autre frappait mais n’attendait pas d’être invitée, et le dernier frappait et entrait comme un sauvage. Sauf que cette fois… Il toqua, et entra doucement, sa tête passant, puis le reste du corps avant de fermer la fameuse porte. Il n’alluma pas les lumières, et s’assit à côté de moi, regardant le fond d’écran installé pour cacher ce que je faisais. Ce n’était ni naturel, ni particulièrement discret, mais il ne fit aucune réflexion.
 
- Tu devrais lui dire.
- Quoi ?
- Ce que tu ressens Josh. Il comprendra.
- Et qu’est-ce que je ressens ?
- Tu as peur qu’il t’abandonne pour Maya. Ca n’arrivera pas. Aucune fille ou garçon ne te remplacera.
- Il est amoureux. C’est mignon. Il va devenir un homme, avoir une vie à lui. J’ai pas envie d’interférer.
- Seulement tu ne comprends pas qu’il te veut toi dans sa vie. Josh, il essaye de t’intégrer, maladroitement, d’accord, mais il ne cherche pas à te laisser de côté. Il adorerait que tu fasses connaissance avec Maya. Il adorerait te voir plus souvent à la fac, avec ses potes.
- J’ai pas envie.
- C’est difficile, je sais. Ils ont tous l’air d’abrutis, mais... ce sont nos abrutis non ?
 
Je souris bien malgré moi. Collins ne disait rien de particulier, il ne disait pas non plus les bons mots pour rassurer ou remonter le moral, mais voilà, cela me suffisait parce que c’était mon frère jumeau. Et qu’il avait raison. C’était égoïste de refuser le bonheur à Steve alors qu’il avait toujours fait de gros efforts pour m’intégrer parmi les siens, ses amis, qu’il essayait de m’aider et… qu’il avait droit à sa propre vie et que ce n’était pas forcément utile de lui en vouloir juste parce qu’il préférait s’asseoir à côté de la fille qu’il aimait. Rien ne m’empêchait de m’asseoir à côté de ma famille et de partager un agréable moment. Je pouvais le faire. Je n’en avais simplement pas envie. Malgré tout, je sauvais mon document, avant de tout couper et de suivre mon frère près de la salle. Juste avant d’entrer, il me regarda un long moment, et je fis tout pour ne pas croiser son regard. Il était mon frère, mon double, lui plus que quiconque pouvait savoir si j’allais mal, les changements. Il était pâle, et lorsque je pris le courage de le regarder en face, il me fut aisé de noter les cernes sous ces yeux, semblables aux miennes. Mais c’était un peu tout ce que je voyais. Moi ? Moi j’avais de plus en plus de palpitations cardiaques, mes mains tremblaient, j’étais de plus en plus agité durant certaines phases de la journée, les lumières, globalement, me faisaient souffrir, et c’était pour cette raison qu’en vérité, j’étais présentement dans le noir. Mon torse me faisait souffrir également, mais d’une manière anormale. Par certains moments, mon rythme cardiaque n’était plus palpitant, mais s’accélérait, me donnant des bouffées de chaleur et des vertiges. Quelques troubles de la conscience aussi, et tout ça était difficile à dissimuler. C’était sans compter les effets secondaires des antidépresseurs, qui eux, étaient tout autant difficile à vivre. Sécheresse de la bouche, constipation, et troubles de l’accommodation visuelle. Envie de suicide.
 
J’en avais envie… Et parce que j’étais déjà passé à l’acte par le passé, je m’en savais encore plus capable aujourd’hui. Collins le savait également et je crois qu’il ne supporterait pas de me retrouver encore une fois, gisant dans ma chambre. Je retournai donc dans la salle de cinéma, près d’Ambre et Collins. Le dessin animé était toujours aussi mauvais, il aspirait toujours autant la vie, mais contrairement à d’habitude, je ne souriais pas. La soirée fut… Bonne, j’imagine, surtout la partie où le générique s’afficha et que je partis rallumer les lumières et que tout le monde semblait sortir d’un mauvais rêve, mis à part ceux qui connaissaient. Enfin, eux aussi, mais ils avaient moins une tête de revenant. Maya, tout particulièrement, ne semblait pas comment prendre cette séance.
 
- C’était… mauvais. Je n’ai rien compris, trop de personnages et puis… c’était quoi ces souris ?
- Y’a 186 personnages au total.
- Tu les as comptés ? Tous ?
- C’est juste qu’on l’a vu une bonne centaine de fois.
- Cinquante-neuf pour toi, nonante-six pour moi.
- T’es un grand malade !
 
J’ai un reniflement et je ne fais même pas l’effort de faire semblant de l’écouter encore. Ce n’est pas comme si je l’intéressais de toute manière. J’ai bien vu le froncement de sourcils de Steve, qui me regarde comme si j’étais responsable de tout ça, mais j’en ai rien à foutre pour l’heure. Tout ce que j’avais voulu, c’était un moment peace avec lui. Il avait tenu à inviter les autres, tous les autres, alors merde. Non, je n’avais pas envie de faire des efforts quand cette… fille faisait comme si elle nous connaissait depuis des années. C’était pas le cas. C’était putain de pas le cas et je la voulais pas sous mon toit. Sauf qu’elle faisait rien de mal à part me taper sur le système. Je suis donc pas vraiment étonné de voir le temps passer genre… hyper vite, parce que j’étais plus à les regarder du coin de l’œil et à participer aux conversations de manière à faire semblant de vraiment écouter tout le monde. Pas étonné non plus qu’on se retrouve en cercle au milieu du salon, plusieurs bouteilles de bières éparpillées partout, de la pizza sur des serviettes ou encore dans leur carton, mais surtout, une bouteille vide au milieu de nous tous, qui tourne et tourne afin que le goulot d’arrête devant quelqu’un pour lui faire faire un gage, ou dire une vérité. Jeu de con, je sais.
 
J’ai bu plus que de raison, et pas seulement de la bière. Je me suis évidemment attiré les foudres de mes sœurs, et de mon frère, Steve s’en bat littéralement les couilles parce que miss Potiche rigole beaucoup trop. Aby aussi me regarde bizarrement, mais personne ne dit rien. Je suppose qu’ils ont peur des contre-indications. Après tout, boire et prendre des médocs, c’est pas vraiment indiqué. La bouteille s’arrête donc devant Maya, qui regarde Raph’ avec des yeux brillants. Elle demande une vérité, et Raph’ manque cruellement d’imagination. « Est-ce que tu crois en l’amour ? » Je lève les yeux au ciel, me retient de pas dégueuler à son sourire timide et l’œillade sur Steve, et elle répond un oui avec toujours ce sourire niais. A vomir. Elle fait à nouveau tourner la bouteille, et bien sûr, elle tombe sur moi. C’est logique, purement statistique, avec la force employée, le poids de la bouteille et sa forme, ainsi que la friction exercée, ça devait forcément tomber sur moi. Elle me regarde, a un sourire qui se veut probablement taquin. Je la regarde sans sourciller, et je me demande brièvement ce qui lui prend à rougir de la sorte.
 
- Gage ou vérité ?
- Gage.
- Embrasse Collins !
 
Honnêtement, cela ne me surprenait pas. Ce n’était pas la première fois qu’on nous le demandait, comme si c’était un fantasme de voir deux gars ou deux filles se ressemblant comme deux gouttes d’eaux, s’embrasser. Nous l’avions déjà fait, juste pour le fun et déranger les gens, comme mes sœurs. Cole n’est donc pas étonné de me voir avancer à quatre pattes vers lui, lui attraper le cou, et le rapprocher doucement. C’est que je sais, tout comme lui, faire les choses sensuellement. Probablement beaucoup trop pour que ça soit honnête, et avec un peu trop de langue vu le rougissement prononcé de la demandeuse et la grimace dégoutée de Raph’. Et comme un runing gag, la bouteille que je fais tourner s’arrête devant Steve – bon, j’avais un peu tenté de le faire exprès, mais chut – et forcément, il me regarde. Il remet ses lunettes sur son nez, affirme qu’il veut un gage, et on ne pourra pas dire que je ne l’ai pas aidé, même si évidemment, j’aurais préféré éviter le spectacle de leurs lèvres se rencontrant chastement et de leur rougissement.
 
***
 
Cela devait faire près d’un mois que je n’avais pas été en cours. Non que c’était un problème, Cole avait accepté de se présenter à certains cours. Enfin, ça, c’était au début. Mes notes ? Je me savais fort bien capable de réussir mes examens en ayant la moyenne, même si le reste de mes notes n’était pas correct. Pourquoi n’y allais-je pas ? Le manque d’envie, principalement. La fatigue aussi, parce que mes insomnies continuaient de me poursuivre et que je ne dormais pas plus de trois heures par nuit et que je finissais le matin avec une migraine qui m’obligeait à vivre les rideaux fermés. J’évitais Steve aussi, ainsi que le reste de la bande. Eviter Steve pendant tout un mois s’était avéré beaucoup plus simple que prévu, et j’ignorais si je devais m’en réjouir ou non. Le fait est que j’avais d’autres choses à penser parce que bon sang, le temps filait assez rapidement et que l’année allait être chargée. Fin mai, le bal de promo réunirait tout le monde, et les préparatifs battaient déjà leur plein. Tout le monde n’avait que ça à la bouche, même Aby qui voulait absolument inviter Amber. Raph’ allait probablement demander à Eden, Sephanie et Derek iraient ensemble. Tout le monde en parlait depuis le début de l’année comme si tout cela était la concrétisation de toute une vie. Je mentirais également si je disais que je n’y pensais pas. A vrai dire, c’était plutôt impossible de ne pas y penser vu que déjà vingt-trois filles me l’avaient demandé. C’était complètement ridicule ! Elles auraient déjà dû comprendre après la quatrième que je n’avais pas envie d’y aller ! Probablement était une sorte de challenge : celle qui parviendrait à décrocher un « oui » serait élue fille populaire, chasseuse expérimentée. N’importe quoi. Le bal était donc en mai. Avant cela, il y avait l’anniversaire de Steve. J’avais pratiquement terminé le codage du jeu, et il ne me manquait plus qu’à trouver un livre suffisamment beau pour coller toutes les photos de notre enfance, et trouver quelques trucs sympas à dire dessus – parce que celui que j’avais acheté ne me convenait finalement plus. - Entre ce moment et maintenant, y’avait une sortie, des vacances en somme, où ma famille et moi allions loger sur une île que mes parents possédaient. Ca faisait toujours son petit effet de le dire, et ouais, c’était plutôt indécent. Steve avait toujours été gêné… Du moins au début. Je lui avais proposé de venir cette fois, et après l’avoir rassuré sur le fait que oui, il pouvait et que oui, il faisait aussi un peu partie de la famille, il avait accepté. On allait passer toute une semaine ensemble, au soleil, entouré de sable blanc, d’eau turquoise, et d’une végétation paradisiaque qui se trouvait également être un havre pour les bestioles pouvant y vivre : personne ne chassait dans ma famille.
 
Je regardai l’heure sur le cadrant : 19h53. Bien. Je sauvai la partie et quittai le jeu, me relevant pour me diriger vers la salle de bain. Vivre comme un ermite ne m’exemptait pas de garder une certaine hygiène corporelle. Surtout pour le moment. Enfin non pas qu’il y avait des périodes où on était plus sale, ou que je me dépensais particulièrement ces derniers temps, c’est juste que les médicaments avaient de sales effets secondaires, comme par exemple, une sacrée prise de poids. Pas juste un ou deux kilos. C’était plus de l’ordre d’une bonne grosse dizaine, sans que je ne fasse rien de particulier. Je n’étais pas non plus homme à prendre particulièrement soin de mon physique, mais c’était tout de même assez atterrant. Faut comprendre qu’en moins de deux mois, vingt kilos, c’était… trop. Ce n’était plus d’élégantes petites poignées d’amour, ni un petit ventre rebondi, c’était de la chair flasque. Et il n’y avait pas que ça, évidemment. J’aurais pu m’en détourner plutôt facilement : encore une fois, le physique n’était pas quelque chose sur lequel je m’attardais particulièrement. Le pire ? Le pire était probablement ce qui poussait un peu plus haut et qui n’auraient jamais dû se trouver chez un homme : une poitrine. Oh, rien de bien méchant, mais ce n’était certainement pas à cause de la prise de poids. Le médicament favorisait la gynécomastie. En gros, le sein de l’homme étant comme celui d’une femme, mais des hormones en moins, c’était assez facile de foutre le bazar comme c’était maintenant le cas chez moi. Mon t-shirt tombe donc, tout comme le long bandage utilisé comme système D afin de cacher cette… protubérance féminine. Je me retrouve rapidement complètement nu et j’évite avec succès mon reflet dans le miroir. Je me connaissais : si je me voyais, j’aurais l’irrésistible envie de défoncer la glace.
 
La douche étant juste à côté, il m’était assez facile de me glisser dedans, et d’allumer l’arrivée d’eau chaude. Je frissonne évidemment aux premières secondes, quand tout est glacé et frappe ma peau, avant de soupirer de bonheur quand tout devient indécemment chaud et délicieux, formant de jolies volutes de vapeur qui ne tardent pas à enfumer toute la pièce. Quels risques ? Inconscience. Je n’avais pas allumé le ventilateur et aucune fenêtre n’était ouverte. J’avais grosso modo, dix minutes avant que les premiers étourdissements ne commencent. C’était bien assez. Je fermai les yeux, offrant mon visage à l’eau chaude, profitant de cet instant de sécurité et de silence. Ma chair se couvrait de plaques rouges, mais je n’en fis pas grand cas. Ce n’est qu’une fois lavé et détendu que je daignai fermer l’eau et sortir de la douche, me séchant et commençant à m’habiller. Je le sentais venir… Ou plutôt, c’était dans ce genre de moment que ce qui ne devait pas arriver arrivait. J’aurais probablement dû fermer la porte à clé surtout sachant la soudaine pudeur que je ressentais vis-à-vis de mon corps mais… Qui entrait dans une salle de bain dont la porte était fermée ? Et ce, sans frapper ? Et bien, Maya l’abeille, visiblement. Qu’est-ce qu’elle foutait ici ? Mon cerveau traite l’information avec un train de retard, parce que sérieusement, on a beau être surdoué, la surprise peut faire des miracles. Là en l’occurrence, ça lui laissait le temps de promener son regard partout sur moi. De rougir puis de sourire.
 
- Tu as des…
- DEHORS !
 
Que ça soit mon éclat soudain, ou juste parce que je venais de lui balancer un verre à la gueule, elle fut obligée de battre en retraite. Le verre éclata au sol, des centaines de petits bouts tranchants brillant sous la lumière comme autant de pièges. J’enfilai dans la seconde mon chandail, ignorant le bandage censé me couvrir et cacher cette difformité. J’avais envie de la frapper. Elle devait probablement s’en douter vu qu’elle continuait de reculer. Mon pied s’entailla bien évidemment sur l’un des bouts, mais je continuai vers elle, et elle à reculer.
 
- Je savais pas que t’étais trans ! Je suis désolée !
- Casse-toi, merdeuse !
- Hey !
- BARRE-TOI !
 
Elle descend rapidement les marches, et forcément je la suis. En bas, un petit attroupement s’est formé. Mon frère et mes sœurs regardent Maya fuir devant ma furie, mais si ce n’était que ça… Effectivement, cette connasse n’avait rien à foutre ici : ce n’était ni une amie, ni une proche de la famille. On lui aurait ouvert, mais elle n’aurait jamais pu se permettre de faire comme chez elle. Quelqu’un devait forcément être avec elle, et la seule personne possible ne pouvait qu’être… Steve. Elle se poste près de lui, et lui nous jette un regard d’incompréhension. Elle se glisse derrière lui, cherchant sa protection, et cela m’enrage encore plus. Elle ne le mérite pas. Steve n’aurait jamais dû l’inviter ici.
 
- Qu’est-ce qui se passe ?
- La salle de bain était occupée, j’ai vu ses seins, c’est tout !
 
Dans un autre contexte, cela aurait pu être très drôle. Là en l’occurrence, tout le monde la regardait bizarrement. Puis les regards se figèrent sur moi, au niveau de cette fichue poitrine qui pointait beaucoup trop. Les sourcils d’Amber se haussèrent, Cole se retourna vers Maya, la colère dans ses prunelles, Steve me regardait avec ses yeux surpris, peinant visiblement à comprendre, et la bouche légèrement ouverte. J’en profite pour l’écarter de sa… copine, plutôt violemment. Il heurte Eden, et personne n’a le temps de réagir que mon poing rencontre sa joue. Elle finit au sol, les yeux écarquillés, la lèvre éclatée. Elle pose sa main sur sa joue, tournant les yeux vers moi alors que les autres réagissent. Ils m’éloignent parce qu’il est évident que la frapper encore ne me poserait aucun souci, et que j’avais bien l’intention de le refaire. Quant à Steve, il ne sait visiblement pas parti prendre… Avant de se décider à aider cette poufiasse à se relever.
 
- Qu’est-ce qui t’a pris Josh ?!
- Tu la protèges ?
 
J’en ris d’incrédulité. Sincèrement, c’était une farce. D’accord, ma réaction pouvait sembler excessive… Mais seulement à ses yeux. Collins me retenait, un bras passé autour de ma hanche et veillant visiblement à ne pas se poser trop haut. Eden était placée devant moi, me cachant pratiquement complètement à la vue des autres. Quant à Amber, elle avait filé à la cuisine pour attraper un morceau de viande au réfrigérateur et encore emballé, pour le fourrer dans les mains de Steve et de rejoindre le reste de notre fratrie. Un silence pesant tomba entre nous, Steve s’étant mit à la hauteur de Maya pour l’aider. Je savais qu’il m’en voulait, et j’avais beau me dire que c’était de leur faute, je n’en étais pas plus heureux. Après tout, j’avais frappé, je n’avais pas fermé la porte à clé, et j’aurais très bien pu m’expliquer calmement. J’aurais pu faire bien des trucs, mais voilà, ca avait été plus fort que moi, et maintenant Steve me regardait bizarrement. Avant, il aurait compris ce qui n’allait pas. Par le passé, il aurait vu les changements qui s’opéraient, les causes de mon éloignement. Aujourd’hui, il n’avait d’yeux que pour cette fille, et si c’était normal, dans l’évolution naturelle des choses, je trouvais quand même ça… ridicule. Aucune fille ou mec n’aurait dû pouvoir s’immiscer dans notre amitié. Je ne l’avais jamais permis et Steve n’aurait jamais dû le permettre. Oui, c’était probablement ça le plus douloureux : le fait que j’avais toujours essayé de le faire passer en premier, que son amitié valait plus que les filles ou les mecs. Je voyais juste combien c’était à sens unique aujourd’hui. Ca n’aurait pas dû m’étonner, après tout, il était difficile de supporter un gars comme moi. Steve n’avait sans doute plus envie de se laisser entraîner vers le bas par mes comportements autodestructeurs. Les choses changeaient, je devais m’y faire. Je me détournai, quittant l’étreinte rassurante de mon frère pour remonter les marches de l’escalier.
 
- On doit parler Josh.
- Plus tard Altair. Je suis fatigué.
 
Le surnom est venu tout seul et à moi aussi il me semble étrange. Ce n’était pas la première fois que je l’utilisais, mais cela faisait longtemps. C’était peut-être un rappel brutal que nous ne passions plus de temps ensemble, que même s’il était dans son bon droit, je lui en voulais. Quel genre d’ami étais-je pour lui refuser de vivre sa vie, pour lui en vouloir d’être amoureux, d’avoir une copine ? Quel genre de type étais-je pour en vouloir à Maya de voir ce que j’avais vu ? D’aimer le gars incroyable qu’il était ? Nah, le problème venait de moi, et c’était proprement épuisant de s’en rendre compte, d’être aussi exclusif, tout en sachant que c’était mal. Je continue donc de monter les marches, et je sais que Steve s’est relevé et qu’il me suit parce que la première marche craque. Ainsi que les autres parce qu’il court dans l’escalier pour ma rattraper et que je fais un mouvement pour éviter son contact. Je ne le regarde pas plus dans les yeux, je continue juste mon chemin.
 
- Josh !
- J’ai dit plus tard. Va t’occuper de ta copine.
 
Ma voix est peut-être un peu trop cassante pour lui permettre de rajouter quoi que se soit. Je n’avais pas envie de le voir, ni lui, ni les autres.
 
*****
 
Consultation  245
 
Cette séance est la dernière avant que je ne parte en vacance avec la famille. Je n’ai pas reparlé à Steve depuis le fameux incident et je dois avouer que j’appréhende le moment où on se verra. Je pourrais annuler mais je ne suis pas lâche. Du moins, je n’ai pas ce genre de lâcheté. C’est ce que j’essaye de me répéter alors même que ma fuite est évidente. Je n’ai répondu à aucun de ses appels, messages, mails. Il m’a écrit des lettres aussi, qu’il a confiées à Collins. Ce dernier me les a remises et elles ont fini au feu. Je n’allais pas mieux, je ressemblais toujours à un énorme truc bouffi, et les gens avaient enfin commencé à s’inquiéter. Ma famille, bien évidemment, et Abigaël. Ils avaient cherché à m’aider et me supporter, mais... Mais l’incident m’avait fait comprendre quelque chose d’essentiel : je ne pouvais pas continuer à gober ces cochonneries. J’avais arrêté mon traitement et si cela ne faisait pas assez longtemps pour que je puisse en ressentir les effets, je me sentais tout de même soulagé. Même devant le regard concerné de Landris, je n’arrivais pas à me sentir fautif. Il avait évidemment mis au courant de ce qui s’était passé, il s’était proposé de réguler les dosages, tout en m’affirmant que les effets secondaires allaient s’atténuer jusqu’à disparaître. Il fallait être patient.
 
Il aurait juste dû me dire ce que je risquais.
J’aurais pu lire la notice explicative.
Je savais ce que je risquais, en fait. J’avais juste pensé qu’avec ma vie de merde, je pourrais éventuellement me passer de ces effets secondaires totalement indésirables. Comme d’habitude, le silence règne dans la salle. J’ai les jambes repliées contre moi, me cachant autant que possible, tandis que mon thérapeute s’amuse à touiller dans sa tasse à thé. Il me regarde aussi, et je continue de me demander s’il se sent compétent pour soigner quelqu’un qui pourrait étudier tout ses cours en quelques mois. Il le sait. Je sais qu’il le sait, et je sais qu’il sait que je suis un cas désespéré. C’est le foutoir dans ma tête.
 
- Josh, j’aimerais te poser une question.
- J’suis là pour ça doc’.
- Pourquoi ne ferais tu pas autre chose ? Tu es la personne la plus brillante qu’il m’ait été donnée de rencontrer. Pourtant, tu persistes à rester au lycée. Tu t’ennuies, tu déprimes. Tu pourrais intégrer n’importe quelle fac, n’importe quel établissement.
- Ils s’arracheraient ma petite personne, ouais.
- C’est exact. Parce que tu pourrais révolutionner le monde si tu t’en donnais la peine.
- J’ai pas envie.
- De quoi as-tu envie ? Faire des films ?
 
J’haussai les épaules. Il savait que si je restais au lycée, ce n’était certainement pas à cause d’une volonté de mes parents. J’avais toujours refusé d’intégrer une université prestigieuse, encore plus quand je n’étais qu’un gamin. J’avais déjà conscience que le monde était cruel, je n’avais aucune intention de me jeter dans le ban de requins. J’avais vécu une vie normale aussi longtemps que possible, l’université serait toujours là lorsque j’aurais l’âge normal pour l’intégrer. Et j’avais toujours voulu rester avec Steve. Aujourd’hui, cette pieuse envie me paraissait dérisoire.
 
- Je pensais trouver une solution pour les hybrides.
- Oh ?
 
C’était la première fois que nous en parlions. Ma famille avait des hybrides. Mes parents. Ils les utilisaient pour leurs films, pour cadrer, pour filmer, pour travailler, si bien que je ne les avais jamais vraiment vu. Dans la rue, ils pullulaient et finissaient immanquablement par attirer l’attention. Amber avait un jour pensé s’en offrir un avant de voir un reportage sur la manière dont ils étaient traité ou comment certains venaient au monde. Avec Abi, elle s’était trouvé un cheval de bataille : trouver une solution pour leur venir en aider. Je pourrai éventuellement les aider en... mettant au point une sorte de sérum, ou de médicament qui leur permettrait de résorber le caractère animal de leurs gênes. Une sorte de régression. Si nous étions parvenus à les faire, nous pourrions parfaitement les aider à redevenir humain. Ceux qui le désireraient auraient une chance de vivre normalement. Pour cela, il faudrait changer les lois, donner plus de droits aux hybrides, leur donner accès gratuitement à des soins, et rappeler aux possesseurs qu’il s’agissait d’êtres pensants et sensibles. C’est ce que j’explique à Landris. Le processus de transformation, en lui piquant un crayon et du papier. Je dessine les molécules, j’explique le changement dans l’adn, j’explique la difficulté que cela représenterait de trouver un sérum générique au vu de la panoplie de gênes hybrides se trouvant dans la nature. Tout ce qu’il faudrait changer dans le monde pour que même si un tel sérum vienne au jour, il puisse être utilisé par ceux que nous ne considérions même pas comme des êtres vivants.
 
Je me rendais aussi compte que parler ; parler sans me soucier de savoir si j’étais compris, laisser libre cours à mes idées, mes hypothèses, me faisait du bien. Peut-être Landris avait-il raison, peut-être que mon obstination à vouloir vivre aussi normalement que possible était un frein qui ne m’aidait pas à aller mieux. Plus je parlais, plus j’avais des idées, et pas forcément sur comment guérir les hybrides – si tant est qu’être hybride soit une maladie. – J’avais l’idée aussi d’utiliser la formidable capacité de la Turritopsis nutricula à se régénérer, faisant d’elle un organisme pratiquement éternel. Cela serait extraordinaire de comprendre son métabolisme et de permettre une régénération. Il suffisait de penser à Alzheimer : maladie neurodégénérative qui détruisait les cellules du cerveau de façon lente et progressive. Généralement liée à l’âge. Si nous pouvions inverser le processus... Sans  parler des êtres capables de faire repousser entièrement un membre ! Peut-être même pourrais-je trouver une solution à mon problème.
 
La fin de la séance sonna, et si je n’avais parlé de rien qui me touche personnellement, Landris était content que je puisse m’attarder sur d’autres choses, des choses concrètes qui me fassent sortir de ma bulle. Il avait aussi reçu ma promesse de regarder les universités dans le monde, celles qui me plairaient et don le cursus serait au plus proche de ce que je désirais. Au vu de mes capacité, il était d’avis de m’inscrire dans plusieurs et de suivre de front plusieurs cursus. Cela dit, j’avais conscience que tout cela ne serait possible que si je parvenais à aller mieux, me sociabiliser et m’éloigner de Steve.




  
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MessageSujet: Re: Joshua Hamilton [TERMINE] Joshua Hamilton [TERMINE] EmptyVen 15 Mar 2019 - 18:09


 



On était devant le jet privé de la famille. Les parents, qui étaient parvenus à dégager un peu de temps pour nous, étaient déjà dans l’avion, visiblement lassés d’attendre. Amber et Eden était dehors, à discuter avec Aby qui avait été invitée à la dernière minute. Cette dernière ne cessait de m’envoyer de petits coups d’œil, comme si elle pensait être discrète. Il faut dire que je ne me préoccupais même plus de cacher mes cernes : je faisais peur. J’étais pâle, je reperdais du poids, et même en faisant du sport, il était évident que mon corps subissait le contre coup de pas mal de choses. J’avais terminé rapidement le cadeau de Steve, ce dernier était dans mon sac, accroché à mon dos. Même si je lui en voulais, même si je le fuyais, j’espérais toujours le voir arriver dans la vieille voiture de ses parents. Or, plus les minutes passaient, et plus je devais me rendre à l’évidence : il ne viendrait pas. Je ne devrais pas m’en étonner, vu que je l’avais nié tout du long. Sauf qu’il aurait pu prévenir, si pas moi, au moins Collins ou mes sœurs. Mes parents.
 
Je fermai brièvement les yeux, inspirant, chassant les ricanements lugubres que j’entendais. Après une heure d’attente, les voix se faisaient insistantes, difficiles à ignorer. Je me détournai du parking privatif et montai jusque dans le cockpit, puis dans l’avions même. Je m’assis dans un coin, sortis mon lecteur et enclenchai la musique. Cette dernière hurla dans mes oreilles, à travers des écouteurs bidouillés pour rendre le son plus intense, plus proche de la réalité. J’ignorai le regard de mes parents, de ma famille entière, et d’Aby. Je sortis mon bloc de feuilles et mon carnet et j’entrepris de m’occuper durant les quelques heures qui nous séparaient de notre île. 
 
En vérité, je m’occupai de ce que j’avais dit à Landris : un moyen de guérir plus rapidement, de créer une sorte de sérum régénératif et si cela ne faisait qu’une semaine que je travaillais dessus, je devais avouer que ça avançait bien. Je me retrouvais souvent confronté à des problèmes, certains que je laissais de côtés, d’autres que je prenais le temps d’étudier. Je m’étais également inscrit à deux universités, lettre de motivation, tests de capacités et autre ayant été fournis.  Il s’agissait du MIT, évidemment, parce qu’elle me permettrait de toucher à la technologie, entre autre chose. C’était également la rencontre des plus grands savants et une sacrée ligne à rajouter dans son CV, et Harvard. C’était très con, mais c’était l’université qui était la mieux cotée au monde, encore aujourd’hui, et qui offrait le meilleur dans la discipline biologique. J’avais également envoyé une candidature à la Haute Ecole de Cinéma et de conception de Jeux. Elle n’était pas la plus connue, mais son programme m’avait séduit. J’aimais le cinéma, j’aimais concevoir. Je pouvais gérer trois cursus en même temps : mon intelligence me le permettrait.
 
Vraiment ?
 
Je fronce les sourcils, pinçant les lèvres. Pas maintenant. J’allais mieux, je n’avais pas à douter de moi. J’avais des projets, des envies, un avenir qui se dessinait. Oui, j’allais révolutionner le monde parce que je faisais partie des personnes les plus brillantes. Que je sois complètement fou n’entrait pas en ligne de compte : tous les génies étaient un peu fous. Fort heureusement, je fus tranquille tout au long du voyage, si bien qu’on arriva trop rapidement à mon goût sur le petit aéroport. Là, une voiture nous attendait, avec à côté, le chauffeur habillé d’un magnifique costume. Ses oreilles lupines se dressaient sur le haut de sa tête, pas le moins du monde masquées par ses cheveux noirs. Il était plus grand que moi, plus solide aussi, non pas qu’en l’état ça puisse réellement être difficile : je ressemblais à une poupée fragile. Tout son contraire. Il était sage, poli, ouvrant la portière et s’enquérant de notre voyage, sans pour autant être intrusif. Cole me bouscula légèrement de l’épaule, m’envoyant un sourire. Quoi ? Ce n’était pas la première fois que je me retrouvais devant un hybride, mais ça ne m’empêchait pas d’être curieux !
 
Le chemin jusqu’à la maison fut ponctuée des conversations d’un peu tout le monde, moi me contentant de regarder ma famille et mon amie être heureux. J’étais... calme. Peut-être apaisé, et avec la vague impression d’être à ma place, même si la présence de Steve me manquait. Je sais que j’étais hypocrite : j’aurais pu lui envoyer un message, j’aurais pu lui répondre... Je n’avais jamais tendu la main, jamais tenté de m’expliquer. Collins m’avait raconté que Steve lui avait parlé, demandant de mes nouvelles, qu’il s’inquiétait de ne plus me voir en cours. Qu’il voulait que nous discutions, discutions vraiment. Cole avait répondu comme il pouvait, mais sa loyauté me revenait : si je ne voulais pas de Steve, alors Cole ne ferait pas grand-chose vers lui. Evidemment, je savais que mon bro essaierait autant que possible de temporiser les choses entre nous, mais ce qui s’était passé cette fois là était grave. Si personne ne semblait vouloir en parler, moi le premier, je savais que dans le silence, tous guettait ma prochaine crise.
 
Il s’avéra que la maison était déjà prête et que quelque uns de mes « amis » étaient là aussi, criant un « surprise » qui était réellement surprenant. Parce que ouais, je ne m’attendais pas à les voir et qu’il n’y avait aucune foutue raison pour les voir ici, surtout en sachant que nous ne partagions pas grand-chose et que le lien qui nous réunissait, c’était Steve. En parlant de lui... Il était aux abonnés absents, tout comme Maya. Peu importe. Peu importe la douleur sourde que je sens m’écraser le cœur. Comment ça, sourd et écraser ne peuvent aller ensemble ? J’avais mal, et pourtant, comme une seconde nature, j’arrivais à donner le change, à étreindre ces camarades qui étaient là parce qu’ils disaient s’inquiéter pour moi, parce que je leur manquais, moi et mes blagues, mes jeux, mes films.  Il y avait une autre surprise : le loup conducteur n’était pas le chauffeur attitré de la famille – mes parents – mais mon hybride personnel. Je tirai une drôle de tête en l’apprenant, surtout parce que : qu’est-ce que j’allais bien pouvoir en foutre ? J’étais à présent étalé de tout mon long sur mon lit, un lit toujours trop grand, qui aurait dû être occupé par Steve. Présentement, il y avait un hybride loup dans ma chambre, qui se tenait droit, ses mains gantées serrées devant lui, attendant comme un bon chien que je lui dise quelque chose.
 
- J’ai pas besoin de toi.
- Vos proches ne sont pas de cet avis, jeune maître.
- Mes proches sont inutiles, lents font plus de mal que de biens. Ils ont tort.
- Ils s’inquiètent et se savent dépassés. Ils veulent vous aider.

- Et donc, ils m’achètent un esclave comme on achète un nounours à un enfant malade ?
- Ils ont acquis un loup, réputé pour sa loyauté envers sa famille, son endurance et sa force. Ils ont également veillé à ce que mon quotient intellectuel soit suffisamment élevé pour suivre vos conversations et vos idées. J’ai également reçu une éducation afin de convenir au mieux à une clientèle de votre acabit.
- ... Wow. Je sais pas si je dois être vexé ou non là. C’est quoi ton nom ?
- Ethan, jeune maître.
 
Il s’avéra qu’Ethan était un trou du cul extrêmement compétent lorsqu’il s’agissait de prendre soin de moi. Il était pire que mes sœurs, que mon frère ou Aby. Il était continuellement à mes côtés, à me rappeler à l’ordre. Il essayait aussi de vérifier que je prenais mes médicaments, si bien que ne pas les prendre devint un véritable sport. Ce n’était pas un jeu, j’en avais conscience, mais je ne pouvais pas les prendre, pas en voyant mon état d’avant et celui maintenant. J’étais plus éveillé, capable de me concentrer. Je parvenais à dormir, à faire des nuits quasiment complètes. Je perdais du poids, et mon corps d’antan. Je n’entendais pas réellement de voix, du moins c’était anecdotique. J’allais bien, si bien que je parvenais à me réjouir d’être en présence des autres, que j’arrivais à être patient et à m’intéresser à leur vie. Et à Ethan. C’était la petite curiosité du moment, et pour tout avouer, il était intéressant. Il était drôle et intelligent comme promis, mais il n’était pas que les lignes inscrites dans son dossier. Premièrement, il était beau. C’était con de s’arrêter là-dessus, mais c’était aussi très con de pas le reconnaître. Il était du type « alpha » ce qui était étonnant et en même temps... Disons que s’il devait prendre soin de moi, il devait pouvoir lutter contre moi, et donc avoir le caractère qui va avec. Il m’avait avoué que pour se faire, et surtout pour accepter de recevoir des ordres de ma part, il devait me considérer comme « sa compagne. » Ca l’avait mit extrêmement mal à l’aise et ça m’avait permit de rire pendant au moins dix bonnes minutes. Il avait de la répartie, il était intelligent, comme il l’avait promis, et était curieux de tout. Il fut extrêmement content d’apprendre que j’étais reçu pour passer les examens d’admission aux deux universités, affirmant que je réussirai haut la main. Ethan était quelqu’un de bien, et en peu de temps, il fit ce pour quoi il avait été acheté : il entra dans ma vie et se fit une place confortable dans mon cœur trop mou.
 
Ethan arrivait presque à me faire oublier l’absence de Steve. Les autres faisaient aussi leur possible, mais lézarder sur le sable chaud n’était réellement pas ce que je préférais. Ethan sortait de temps en temps avec moi sur la plage, sous forme humaine ou de loup, et on restait majoritairement sous le parasol. Il faisait ce que j’aurais fais avec Steve. Et donc aujourd’hui, c’était le fameux jour où j’aurais dû offrir les cadeaux au concerné mais soudain, tout cela m’apparaissait comme totalement futile. Surtout qu’il était absent. J’avais donné le change jusqu’à maintenant, si bien que tout le monde pensait que ça allait.
 
Ca n’allait pas.
Pas du tout.
 
Le début de la journée avait été mauvaise, principalement parce que j’avais eu des nausées et une grosse migraine. J’étais resté enfermé dans ma chambre, Ethan et tous les autres étant priés de me foutre la paix. J’étais resté là toute la journée et toute l’après-midi. Je savais qu’Ethan était derrière la porte, l’oreille tendue au moindre son suspect qu’il pourrait entendre. Il sentait mes émotions, il disait que ce n’était pas juste l’odorat, mais une sorte de connexion, et j’aurais pu trouver ça absurde si je ne savais pas que ça existait déjà entre jumeaux. Sauf que lui et moi ne nous connaissions pas, pas depuis plus de douze jours.
 
Il ne pouvait pas comprendre. Personne ne pouvait comprendre que je perdais pied, que cette vie était totalement futile et inutile. Que j’étais inutile. Pourquoi avoir des projets alors même qu’il était évident qu’on n’arriverait à rien ? L’intelligence ? Pour quoi faire quand on arrive à peine à se souvenir de manger, et que personne ne se souciait réellement de nous ? Qu’on est trop chiant, trop lourd, trop asocial que pour attirer ? Trop intelligent, pas assez attirant. Et je n’arrivais pas à garder les gens que j’aimais parce que je n’étais pas du genre à être quelqu’un d’appréciable. Je m’accrochais, mais à quoi ça servait ? J’avais vu ce que ça avait donné avec Steve : il avait essayé de me recontacter, mais j’avais fui, et à présent, il était loin. Il faisait bien de m’abandonner. Je n’allais pas assez bien pour intégrer les universités de mon choix, je n’étais même pas sûr d’avoir les capacités requises pour entrer. Je n’ai même pas la force d’hurler. En fait, je crois surtout que je suis en train de suffoquer. C’est arriver subitement, alors que toutes mes émotions, tous mes doutes, toute ma culpabilité ressortent violemment. J’étouffe, et j’ai à peine conscience de la porte qui se fait défoncer et des bras qui m’entourent. Je finis tout de même par me débattre, parce que c’est ce qui se passe quand l’impression d’emprisonnement devient réelle. Je finis aussi par hurler, hurler suffisamment fort pour réveiller tout le monde, suffisamment fort pour pratiquement me briser la voix. Dans cet espèce de combat, je sais que je me blesse. Je sais aussi que j’ai donné quelques méchants coups à Ethan – ouais, quoi d’autre ? – et à Collins – parce qu’ils ont dû se mettre à deux pour me calmer. –
 
****
 
Je suis dans ma chambre, allongé de tout mon long sur le lit trop grand. Il y a des choses récurrentes dans ma vie. Ethan en fait toujours partie, et grâce à lui, si je puis dire, et aux autres, Steve est revenu. C’était légèrement absurde vraiment, comme si ma crise était liée à lui. Peut-être qu’elle en avait été le déclencheur, mais ce n’était certainement pas de sa faute. Je ne prenais toujours pas mes médicaments, quoi que tous les autres fassent pour vérifier que je les prenais. On pourrait penser que c’était un comportement stupide et autodestructeur, ce à quoi je répondrai : peut-on – éthiquement et ou légalement – contraindre un sujet à des soins qui se solderont par une véritable mutilation ? Parce qu’il s’agit bien de mutilation quand le sujet se voit pousser des seins. Et je ne parle pas que de ça : tics nerveux, insomnies, agitation et délires (alors même que les médicaments prescrits le sont pour des sujets délirants), trouble de la puissance sexuelle (Aby m’avait demandé, et la réponse était finalement un oui), convulsion. Syndrome parkinsoniens. Et tout le reste don j’avais déjà parlé. Je ne pouvais pas continuer ainsi, je préférais encore vivre dangereusement que vivre avec tous ces troubles.
 
Steve était donc près de moi, à jouer à un des nouveaux jeux d’horreur qui venait de sortir : Death Red Soldier. Le jeu avait ceci de particulier qu’il retenait les choix effectué et offrait une véritable trame narrative différente selon eux, ainsi que des personnages, situation et fins différentes suivant ce que nous choisissions. Le jeu avait demandé des années de préparation et j’étais d’avis qu’il s’agissait du meilleur jeu de ‘année si pas de la décennie. Ethan, quant à lui, était dans la chambre, sous forme de loup. Il n’aimait pas particulièrement Steve, et je soupçonnais le loup d’éprouver une sorte de jalousie à son égard. C’était mignon.
 
- Tu sais...
- Si c’est pour parler encore une fois de l’autre fois, je t’ai dit que j’étais désolé.
 
Ma voix claque plus rapidement que lui. On oubliait souvent qui j’étais après tout. J’avais un air de bébé fragile, et sans doute que je l’étais, en tout cas psychologiquement. Mais je pouvais aussi me montrer implacable. J’étais dans un jour creux, l’un de ceux qui me permettaient de réfléchir posément sans pour autan avoir envie d’abattre la monstruosité de travail que j’avais entamé. Par conséquent, je n’avais pas envie de discuter de Maya et du poing que je lui avais collé. J’étais riche, l’une des plus grandes richesses de cette partie de l’Amérique. J’étais l’un des homme les plus intelligents au monde et je n’avais vraiment pas envie de discuter de la fille qui s’octroyait le droit de piquer mon meilleur ami.
 
- Pourquoi tu ne m’en as pas parlé ? Tu... ne parles plus. Il pose la manette au sol, le menu s’affichant à l’écran alors qu’il se tournait vers moi, l’air inquiet et désolé. Concerné aussi. Je fronce les sourcils, appréciant peu la tournure de la conversation. Ethan n’a pas relevé la tête, mes ses yeux sont posés sur moi, attentifs. Je sais qu’il est en train d’estimer mon degré d’ennui, pesant le pour ou le contre d’une crise éventuelle.
 
- Je te laisse vivre ta vie. Tu ne croyais quand même pas qu’on allait rester collé l’un à l’autre éternellement ? Il faut grandir.
 
Ca le heurte. Ca le heurte violemment. Je vois ses yeux s’écarquiller, avant de se détourner. Il pose les yeux un instant sur Ethan – qui cette fois à relevé la tête – avant de se détourner, remettant ses lunettes sur son nez, alors même qu’elles n’en avaient pas besoin.
 
- Si c’est à propos de Maya...
- Arrête de tout ramener à elle !
 
Je ne voulais pas entendre parler d’elle, je n’avais pas envie d’entendre Steve me dire qu’il l’avait invité au bal de promo, alors même qu’il avait promis de venir avec moi. Je n’avais pas envie de le voir s’inquiéter de la manière dont il allait s’habiller, de ce qu’elle préférait manger, de quel film aller voir pour passer la soirée avec elle. Elle ne lui ressemblait pas, elle n’aimait pas avoir peur, elle n’aimait pas particulièrement jouer à des jeux vidéo, elle était l’un de ces clichés féminin qui pleure parce que sa poitrine est trop petite et qu’elle a subitement une poussée d’acné.
 
Ca aurait pu finir en nouvelle dispute si Ethan n’était pas venu poser un livre reconnaissable sur les genoux de Steve. Je restai bloqué un instant avant de me jeter sur l’objet, faisant sursauter Steve. Ethan me chopa le bras, mordillant et se débattant pour que je n’ais pas accès au bouquin, et ça devait vraiment être ridicule de se faire mettre au tapis par un gros loup domestiqué. Littéralement couché sur moi, le petit bâtard avait l’air très fier de lui.
 
- Regarde pas.
- Pourquoi ? Qu’est-ce que c’est ?
- Rien du tout. Ca n’a plus aucune importance, juste, rend le moi.
 
Ethan ne bouge toujours pas, et je vois clairement Steve peser le pour et le contre. Il a envie de regarder le bouquin, et il a la conviction, à juste titre, que si ça lui a été donné, c’est que c’était pour lui à la base. Comment dire qu’à présent, tout ça me semble ridicule ? J’avais passé du temps dessus, mais c’était... absurde. Trop. On ne fait pas ce genre de cadeau à des amis, même intimes. Ethan pose sa patte sur ma tête, tapotant et ça aurait presque pu faire mal s’il n’avait pas fait aussi attention à ne pas me mettre ses griffes dans la tête.
 
- C’est la récompense à un jeu. Si tu gagnes, t’as le bouquin.
 
Il émet un bruit curieux et repose le livre sur le côté. Ethan décide que j’ai agi correctement et se bouge enfin de mon dos, me permettant d’aller fouiller dans mon sac pour en tirer le DVD. J’installai le programme en quelques manipulations, et rapidement le nouveau jeu se superposa au premier, avec la musique que Steve préférait. Il haussa un sourcil dans ma direction et j’haussai les épaules en réponses. Je lui laissai les commandes et me terrai à nouveau sur mon lit, à la fois honteux et curieux de voir sa réaction. Après tout, à la base, c’était pour lui que j’avais fait tout ça... Même si j’avais perdu l’envie de le partager.
 
Il joua sans s’arrêter durant toute la durée du jeu, et je fus plus qu’heureux de constater qu’il tournait parfaitement, sans bug ou glitch bizarres. Je fus également légèrement intimidé de voir son sourire, l’air heureux qu’il portait. J’étais intimidé de voir le bonheur que je pouvais lui procurer, son enthousiasme à voir l’album photo, et consterné lorsqu’il me fit par de sa culpabilité de n’avoir rien à m’offrir. Je ne demandais rien après tout. Je n’avais jamais rien demandé...
 
*****
Les choses allèrent bien après cet épisode. Nous étions parvenus à retrouver un semblant de paix, même si Steve restait égal à lui-même. Je ne pouvais lui en vouloir : son intelligence était commune, il n’était pas plus observateur que ça, et il avait toute les difficultés du monde à suivre les cours, contenter Maya, s’occuper du bal et ses sorties entre amis. J’étais plus calme. Je ne prenais toujours pas mes médicaments mais les crises n’étaient plus apparues, si bien qu’éviter toute situation anxiogène semblait être la solution. J’avais réussi brillamment les examens d’entrées à toutes les universités auxquelles j’avais postulé. Toutes étaient enchantée de me compter parmi eux et avaient hâte de me voir, de discuter de mes plans, de mes projets d’avenir. Etre admis là-bas serait une première étape pour parvenir à trouver le Sérum : j’aurais un labo à disposition si je le demandais, et probablement avoir les financements. Bien que cela ne soit pas primordial au vu de ce que mes parents pouvaient m’offrir... Je préférais tout de même tenter de m’en sortir seul. Ethan en revanche était bien moins enthousiaste que prévu. Il était au courant de mes projets, il les approuvait, mais il estimait que cela me mettait en danger : les humains n’étaient pas forcément près à voir leur Création redevenir humaine. Malheureusement, peu importe les hypothèses que j’émettais, je n’arrivais qu’à un seul et unique résultat : l’échec. C’était pour cette raison que je devais passer à une nouvelle étape : les expériences. Je n’avais pas particulièrement envie de déléguer mon travail et je n’avais pas plus envie de tester mes breuvages sur des êtres vivants. J’étais donc au point mort concernant cette partie de ma vie. Et toutes les autres aussi, en fait.
 
Ethan m’avait un jour tenu à part, cherchant à savoir pourquoi je ne le lui disais pas. Dire quoi à qui ? A Steve que mes sentiments à son égard étaient un peu plus que de l’amitié. J’avais interdit à Ethan d’aborder encore une fois le sujet : Steve ferait sa vie, ça m’allait. J’allais faire la mienne et ça allait aussi. Je n’étais pas non plus gay. Ce à quoi il avait répondu qu’il ne fallait pas forcément être gay pour éprouver des sentiments amoureux envers un autre homme. C’était une conversation gênante que j’aurais aimé ne pas avoir avec lui. La suite de ça ? Je savais qu’Ethan n’était pas particulièrement heureux. Je savais que la raison de son malheur, c’était moi. La conclusion de tout ça est que finalement, j’avais accepté de devenir « officiellement » la « compagne » d’Ethan. Ce n’était pas dit comme ça, évidemment, mais vu que je n’étais pas gay, mais que coucher avec un homme ne me dérangeait pas pour autant... Sans compter que je parvenais à oublier, pour un temps du moins, Steve. Ce soir en particulier, j’avais besoin d’oublier. Ethan m’avait proposé de m’accompagner au bal, et j’avais refusé. Tout le monde y allait, et j’avais décliné toutes les propositions, si bien que le jour J, j’étais seul. Le tout grand frère regardant sa petite famille se préparer, attendre leur compagnons et compagnes, avec un bouquet, une rose. Ils étaient tous magnifique, même Maya. C’était une belle femme, vraiment. Quel dommage que sa vue me donne à ce point envie de vomir ! Steve aussi était magnifique : ils formaient un beau couple, vraiment. On fit un peu la fête avant la grande fête : le bal. Ils burent, pas trop, juste assez pour être euphoriques, et on fit beaucoup, beaucoup de photo.
 
Puis la maison redevint calme. Je montai avec Ethan dans ma chambre, et j’allumai la télévision, zappant sur les chaînes à la recherche d’un programme qui pourraient me faire oublier cette soirée morne. Ethan me rejoignit dans le lit, et c’est naturellement que ma tête finit par prendre place dans le creux de son épaule, sa main reposant contre mon cœur et son nez près de mes cheveux.
 
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Ethan dort profondément. Il a apprit à faire confiance, à ne pas se réveiller aux moindres bruits suspects. Il faut dire que j’avais aussi participé au fait qu’il soit complètement mort créé en finissant par aller chercher différentes boissons, un peu de drogue et tous les films que nous avions regardé. On avait aussi fini complètement nu dans le lit à faire autre chose que regarder la télévision et je savais. Je savais que ce n’était pas ce qu’Ethan voulait. Il méritait bien plus que le semblant d’affection que je lui donnais. Je l’adorais, mais je ne l’aimais pas comme il fallait. Il le savait, je le savais, et c’était mal. Ethan serait facile à aimer, vraiment, si seulement j’arrivais à focaliser mon esprit sur lui. Mais mon esprit était comme un océan, il s’élevait et se retirait, il se mouvait et n’était jamais en paix. Il engloutissait tout ce qui passait à sa portée pour mieux le noyer et le recracher sous une forme pourrie.
 
Je ne sais pas ce qui déclencha cette crise. A vrai dire, j’ignore même ce qui se passa. Ce fut la crise la plus violente depuis des années, assez violente pour mobiliser la police du coin, terroriser mes sœur, mon frère et faire revenir mes parents. Ethan se sentait également coupable. C’est ce que je pus constater après. Après parce qu’avant ça, il y avait le noir, les chants et les ricanements, la douleur, tellement de douleur, et tellement de rage. Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais je me suis apparemment retrouver à me promener nu comme un ver sur la route en pleine nuit. J’ai été percuté par une voiture, aussi, plutôt violemment : on a pas idée de sa balader sur une route en pleine nuit, nu en plus.
 
Tout le monde alternait les visites. Ethan aurait été renvoyé – abandonné – si je n’avais pas refusé son départ. Après tout : il était à moi non ? Pour autant, je refusais qu’il reste à mon chevet durant ma convalescence. J’essayais désespérément de retrouver la mémoire. Elle me revint sous les traits d’un flash info à la télévision : une jeune fille était portée disparue. La logique aurait voulu que je la connaisse, mais en vérité, la seule chose de remarquable chez elle était sa ressemblance avec Maya. Je n’avouai rien. Je ne dis rien. J’étais persuadé que la fille était morte de part les souvenirs qui me revenaient en mémoire, mais j’étais qui j’étais et je me faisais confiance pour que jamais personne ne la retrouve. En revanche, et au vu du danger que je représentais, je ne pouvais rester là plus longtemps. Vivant je veux dire.
 
Cette tentative échoua. De peu. Apparemment, je restai mort pendant plus de trois minutes. Je ne gardai que peu de séquelles à court terme, et c’était en soi un miracle. Le miracle aurait été que je parvienne enfin à faire quelque chose d’utile, ou que j’arrive à faire quelque chose tout court.
 
****
 
Le lycée est terminé. Steve a entamé des études de médecine parce qu’il désirait apparemment trouver une solution pour m’aider. Il ne pouvait plus, en son âme et conscience, rester spectateur de ma déchéance. Il ne voulait plus jamais revenir en costard à mon lit d’hôpital, il ne voulait plus jamais me voir gisant dans une marre de sang, agonisant. Il ne voulait plus me voir avec une arme à feu dans la main, chargée, près à appuyer, presser la détente et me faire exploser la cervelle pour ne plus jamais entendre les ricanements moqueurs. Il s’en était fallu d’une demi-seconde ce jour là. Il y avait encore le trou dans le mur de ma chambre.
 
Steve m’avait fait promettre de ne rien tenter de stupide, et il était parti étudier dans son université. On se contactait tous les jours, via un programme que j’avais codé tout spécialement pour nous. Nous n’étions pas espionnés, nous pouvions parler en toute quiétude. Maya et lui, c’était également du passé. Lassée de mon comportement et surtout du fait que Steve finissait toujours par revenir à moi, elle lui avait demandé de choisir. J’avais gagné.
 
Je n’en éprouvais pourtant aucune joie.
Quant à moi, j’avais emménagé dans une des chambres du MIT, avec Ethan. Il y avait tellement de personnes différentes ici, humaines et hybrides. Ces derniers n’étaient que des esclaves, ils surveillaient les cours, prenaient parfois des notes pour leurs maîtres... J’avais l’impression que tout était possible ici. J’avais repris la consommation de médoc aussi, principalement parce que je n’avais plus aucun moyen de tromper mon monde : j’avais des prises de sang toutes les semaines, mes consultations s’effectuaient tous les deux jours et je n’avais plus de temps à moi, littéralement. Je travaillais sans cesse, autant pour les cours que mes projets. J’étais continuellement épuisé, mais c’était un épuisement sain.
 
Il faut dire que pour la première fois de ma vie, j’avais l’impression de parvenir à quelque chose. De faire amande honorable pour tout ce que j’avais pu faire de mal dans ma vie, à commencer par cette fille. Le corps était là où je l’avais pensé ou laissé. Je n’avais toujours aucune preuve que c’était moi, à part le fait que mes indications à la police étaient vraies. Et anonymes. Ainsi donc, j’avais toujours des flash, je voyais cette fille se faire battre, hurler, j’entendais mon rire et ma colère. Je sentais les os craquer, mais je ne me voyais pas l’abandonner. Pourtant le corps était là... Je chassai ces pensées, préférant grandement m’attarder sur le Sérum Vic. Il avait fallu lui trouver un nom et à défaut d’autre chose, celui-ci était bien. Ca allait faire près de quatre ans que je travaillais là-dessus et je n’avais jamais été aussi proche de résultat concluent. Il me fallait simplement tester la formule sur des spécimens vivants, et j’avais quelques hybrides de confiance qui avaient acceptés de m’aider dans ma quête. En l’occurrence, je faisais face à un jeune hybride de type pingouin. J’adore les pingouins, c’est des créatures cachement mignonnes... J’ai brusquement envie de me refaire l’intégrale de Pingu...
 
Ah oui, ais-je dis que ce que je faisais se faisait dans la plus grande illégalité ? Ce n’est pas que c’était réellement illégal, mais je doutais fortement que les autres apprécient mes recherchent : le monde n’était pas prêt à renoncer à une partie de leur main d’œuvre servile. Quant à moi, j’avais parfaitement conscience que je m’apprêtais à outrepasser mes droits, franchir une limite éthique, même si tout cela était consensuel.  
 
Peu importe. Le fait est qu’on ne peut jamais réussir du premier coup, quand bien même on souhaite que cela fonctionne. Les autres non plus n’arrivèrent à rien. Il fallu attendre six mois de plus pour parvenir à un résultat concluent, résultat que je me gardai bien de révéler. Malheureusement, c’est comme tout en ce monde : on ne peut garder secret quelque chose d’aussi gros. J’ignore d’où vint la fuite, mais la sentence fut sans équivoque. Bon, ce n’est pas que je tenais à le garder secret, je devais un minimum en parler pour pouvoir avancer, commencer à produire Vic en quantité suffisante, faire breveter le sérum, sans compter tout le reste. Sauf que comme dit, le monde n’était pas prêt. Avant même que je puisse réellement commencer une production à grand échelle, continuer mes études au grand jour, on conspiration me tomba sur le dos.
 
Je ne voyais absolument pas comment décrire cela autrement : je ne me sentais pas particulièrement malade ! Ou alors j’avais encore eu des absences. De terribles absences. Ou alors on s’était joué de moi, moi trop obsédé par mes recherches que pour veiller à ma sécurité, au fait qu’on ne peut faire confiance à personne.
 
J’essayais vraiment de comprendre, de retracer ce parcours, celui me conduisant à cette cellule capitonnée. La tête posée contre le rembourrage blanc, dans ma camisole toute aussi blanche, je murmurais. J’essayais de comprendre, vraiment, mais je ne voyais pas le moment où ça avait merdé. Le pingouin ? Personne ne l’attendait. Sa mort n’avait soulevé aucune émotion, rien. Ca m’avait poussé à continuer plus fort, parce que le manque d’intérêt des gens pour les hybrides me révoltait. Quelque part, je voyais en ces êtres différents quelque chose qui me ressemblait. A la différence qu’eux n’étaient pas des génies et que même parmi les génies, j’étais bien seul. Peut-être que le problème venait de Landris. Je lui faisais part de mes avancées... peut-être avait-il fini par se dire que j’allais trop loin, que mon rêve ne devait rester qu’un rêve. Ou alors c’était la section scientifique ou...
 
***
 
La salle commune était un désordre notoire. Même moi qui suis fou à lier, je peux sentir les mensonges saturer les lieux. Personne n’osait moufeter, de peur de se retrouver en isolement, sédaté et mis sous camisole. Je vivais moi-même dans un monde fais de coton dont il m’était difficile de sortir. Tout me paraissait se passer au ralenti, tout était... faux. Parce qu’il faut savoir qu’il y a deux types de patients ici : ceux qui sont trop apathiques, trop gonflés de médoc pour seulement se souvenir d’espérer pouvoir sortir, et les patients dangereux, ceux qui attendaient de pouvoir sortir, qui feignait désirer la guérison. Puis il apparaissait une troisième catégorie, celle don je faisais partie : les dangereux apathiques. Ceux que l’on envoyait ici pour une raison ou pour une autre, que l’on payait pour garder enfermer et que jamais il ne parler. Syndrome de la victime. J’entends tous les diagnostique que l’on me pose, certains beaucoup plus vrais que d’autre. Dépression majeur – mélancolique, forme la plus grave de dépression – cachant une maladie, ou plutôt le syndrome maniaco-dépressif. Schizophrénie grave, trouble du comportement, perte de mémoire. Possible dédoublement de la personnalité et tendances suicidaires et d’automutilation. C’était pour la partie véridique. Le reste relevait juste de la supercherie.
 
Ce n’était pas un complot.
Je savais juste trop de choses. J’étais trop intelligent. J’étais trop utile pour être tué, trop riche aussi. Et je représentais une trop grande menace pour l’équilibre pour être laissé libre comme ça. J’avais visiblement choisi mon mauvais combat.
 
***
Il m’est difficile d’expliquer comment les choses se déroulèrent par la suite, non pas parce que c’est fondamentalement compliqué, mais parce que ce que j’avais deviné arriva : le meilleur moyen pour tuer quelqu’un sans le tuer. Sous couvert de prendre soin de moi, on me rendait inoffensif. Sous couvert de tenter de me soigner, ils tentaient des techniques qui n’avaient aucune preuve tangible de résultat. Electrochocs et bains glacés, trépanation et salle éclairée par intermittence, faisant penser aux méthodes de lavage de cerveau. Médicaments. Isolement. Humiliation. Ethan était venu me trouver à un moment, mais je n’avais par réagi à sa visite, trop reculé dans une sorte de palais mental. Steve aussi était venu, inquiet de ce qui m’arrivait, des dires d’Ethan. J’avais reçu beaucoup de visites, en fait, jusqu’à ce que les médecins annoncent que ce n’était pas bénéfique pour moi. Ils me coupaient du monde réel pour mieux m’emprisonner dans mon propre esprit. Malheureusement pour moi, ce dernier n’était pas beau et rien de ce que faisaient ces gens n’aidaient mes problèmes. Au contraire, tout empirait et si je n’arrivais plus à dissocier la réalité de la fiction...
 
Voilà pourquoi il m’est ardu d’expliquer en détail ce qui se passait, et plus encore de donner un ordre chronologique. Je sais simplement que ce n’était pas une bonne période et que je ne suis jamais réellement sorti de là. J’ai des réactions de panique à certains termes, des mots innocents. J’ai des accès de colère aussi, que je ne tente pas de réprimer parce qu’ils sont induit par la panique. Un schizophrène n’est dangereux que pour lui-même... Dans la plupart des cas.
 
C’est sans doute ça qui m’a aider à survivre lorsque la Révolution éclata. Je sais que ma famille va bien. Ethan a fait en sorte de regrouper ce beau monde et qu’il ne leur arrive rien. Il aurait sans doute aimé faire pareil, mais l’hôpital avait été vandalisé, mis à sac, et les occupants tués pour la plupart. Je ne sais pas ce qui m’évita de finir comme les autres demeurés... Peut-être ma docilité et mon apparence : je ne faisais clairement pas peur. Amaigri, rasé et avec une cicatrice circulaire sur le crâne, les yeux éteints... Je fus amenés avec les rares autres cas dans une autres cliniques où on pu se laver individuellement, et ensuite, on eut droit à un rapport des derniers événements, vu que nous n’avions pas droit à avoir les informations dans la clinique. Les Hybrides gouvernaient à présent le monde et nous leur devions obéissance. Je me demandais ce que les hybrides attendaient réellement comme réaction de malades de notre genre. Encore une fois, j’ignore ce qui arriva aux autres : dans mon cas, je fus envoyé dans une boutique propre où le vendeur chercha à créer un dossier complet sur moi pour me vendre plus facilement. C’était... Dingue.
 
Il apparu évidemment que je n’étais pas vendable, pas en l’état en tout cas. Je restai donc au service du vendeur durant un peu plus d’un an. Il s’avéra que la tortue était un hybride particulièrement patient et agréable, et que j’avais eu beaucoup de chance. D4autres m’auraient probablement mis une balle dans la tête en se rendant compte à quel point j’étais foutu. Lui, il resta à mes côté lorsque mon corps commença à ressentir violemment les effets du manque des médicaments. Il resta à mes côtés pour calmer mon esprit et mon corps suite aux violents cauchemars que je faisais presque chaque nuit. Il me soigna également lorsque je tentai, encore une fois de mettre fin à cette fichue vie. Il ne fut plus là lorsqu’un autre homme se présenta à sa porte et demanda pour m’acheter.
 
Parce qu’au final, tout n’est qu’argent, commerce. La confiance est une chose qui n’existe plus vraiment en ce monde et il serait naïf d’y croire. Naïf et dangereux. Il s’agissait d’une pieuvre, mais plus que cela, il s’agissait d’un scientifique. L’homme, après avoir proposé un prix indécent au vendeur, pris mes affaires et ma vie : je lui appartenais à présent. Jerry – la pieuvre – avait entendu parler de moi grâce aux quelques conférences que j’avais pu donner durant... ma vie d’avant. Il avait également lu des articles scientifiques qui n’avaient pas disparu, et avait vu les films que mes parents avaient bien pu faire. D’ailleurs, il avait une surprise pour moi : il était parvenu à trouver ces derniers et les avait achetés, histoire que je me sente bien dès le départ. Il s’était même excusé de ne pouvoir prendre plus de personne et de ne pouvoir rassembler toute la famille... Je suppose que c’était déjà plus que ce que n’importe qui d’autre aurait pu faire.
 
Jerry était... fou ? Spécial serait un mot moins péjoratif. Sa tête fourmillait constamment d’idée, et son intelligence, si elle n’égalait pas la mienne, était tout de même honorable. Il apparu assez rapidement aussi qu’il éprouvait une sorte d’obsession à mon égard, chose que je ne remarquai que plus tard et à laquelle je n’arrivais même pas à accorder la moindre importance. J’étais toujours à la clinique, mon esprit brisé par les choses qu’ils avaient faites.
 
Les jours de lucidités, j’arrivais à demander des nouvelles de ma famille, et de Steve. Les bons jours, Jerry arrivait même à organiser des rencontres et ça m’aidait. C’est pourquoi je ne comprendrai jamais pourquoi il nous fit déménager vers la France. Plus facile qu’il disait. M’éloigner de ce qui faisait mal, qu’il affirmait. France, Berceau de la nouvelle technologie, qu’il disait. Il ne manquait pas d’excuses, mais toutes sonnaient particulièrement fausses à mes oreilles.
 
La vie s’écoulait paisiblement avec lui et mes parents. Ils n’étaient pas heureux, mais ils savaient la chance qu’ils avaient. Jerry avait également installé un laboratoire chez lui et... Et bien, il faisait ses trucs scientifiques. Et vu que plus le temps passait et plus j’arrivais à rassembler mes esprits, il m’intégrait de plus en plus dans ses projets. Il m’écoutait, il appréciait mes idées. C’est ainsi qu’il lança le projet que je n’avais jamais pu terminer, ni même commencer : la création d’un sérum de guérison avancé. Une formule qui pourrait s’appliquer pour toutes sortes de cas, de maladies, de problème de santé. Il espérait guérir ma schizophrénie et ma dépression, permettre la vie éternelle, faire repousser des membres. C’était un projet qui lui tenait autant à cœur qu’à moi, ce qu’il fait qu’il m’inclut dans ses travaux, comme il l’avait fait pour les autres. Pratiquement à temps plein, mais me laissant également suffisamment de temps que pour rester aux côtés de mes parents, qui n’avaient pas grand-chose d’autre à faire que de s’occuper de la maison. Jerry n’était généralement pas très regardant sur tout ce qui se passait autour de lui. Il demandait confiance et loyauté, il était gentil comme un cœur, comme dirait ma mère, et je mesurais la chance de l’avoir.
 
C’est aussi parce qu’il me laissa du temps que je pus me concentrer sur autre chose. Mon esprit était toujours fourmillant d’idées, souvent rapidement éteinte par la maladie. Cependant, le manque de médicament me permettait d’être plus alerte... Encore que mes parents ne seraient pas de cet avis. Puisque Jerry n’y connaissait pas grand-chose à la technologie, et que j’avais quand même fait des études poussées là-dedans, complètement passionné par ce monde et les possibilités qu’il offrait. C’est naturellement que je commençai la construction d’animatronics animaliers. C’était facile, d’autant que c’était souvent des choses existantes. Le défi venait de miniaturiser les composants, mais là encore, j’avais la chance d’avoir nombre d’outils déjà à ma disposition et d’avoir un maître assez cordial pour me laisser en paix sans m’interroger sur mes passe-temps. De petits rongeurs à petits volatiles, je finis par peaufiner mon travail, tout en continuant d’aider Jerry. Ce n’était pas une vie saine, loin de là. Je dormais peu, je mangeais rarement, reprenant des habitudes qui avaient jadis effrayées ma famille et mes amis. Mais ça avançait. C’était suffisant. D’animatronics, création contrôlées à distance, je passai à des... sortes de robots. On aurait pu dire androïde que c’était pareil, hormis le fait qu’il ne s’agissait que d’animaux, souvent à moitié achevés et incapables de marcher ou voler. J’adorais le casse-tête que cela engendrait. Comment les câbles devaient s’acheminer, la création de fibres qui raccordaient les extrémités afin de créer une musculature, le tout devant être alimenter par une batterie qui seraient suffisamment puissante pour faire bouger l’animal... Jerry était fasciné par tout cela, arguant que je pourrais « changer le monde. » Probablement. Mais le monde m’avait foutu en l’air et je n’avais rien à lui donner, pas en l’état. 
 
De plus, que ça soit par négligence ou simplement parce qu’il avait été trop confiant, la vie simple que nous menions vola en éclat. Je savais que Jerry avait ses secrets – pour la plupart des gens – et que  s’il était quelqu’un de gentil, il n’était pas dépourvu d’arrières pensées. Il se moquait bien de savoir qui était au pouvoir pour le moment, mais il avait assez de valeur que pour se rendre compte que ses travaux ne pouvaient en aucun cas tomber entre de mauvaises mains. Quelques jours avant le drame, il renvoya mes parents. Sécurité avait-il dit. Trahison avais-je répondu. Il s’appliqua à détruire tout ce qu’il avait comme preuve, brûlant tous les dossiers, mettant le chaos dans les éprouvettes et échantillons. Il me demanda mon aide, mais ce brusque changement dans les habitudes m’irritait, me faisant demander pourquoi chaque projet grandiose que j’entreprenais finissait de cette manière. Mon esprit n’était pas assez sain pour... Que dalle. Je me savais capable de recracher tout ce sur quoi nous avions travaillé ces derniers mois, voire années. Je l’étais moins pour le sérum Vic. Pour autant, il existait, là, quelque part dans ma tête.
 
Jerry fut exécuté peu de temps après la destruction, pour terrorisme et lien avec une cellule rebelle. Mon cas fut délibéré, mon dossier étudié, et je fus interrogé... avec minutie ? Il apparu assez rapidement que m’interroger par la force ne faisait que réduire la stabilité de mon état psychique. Il leur apparu également rapidement que si je savais quelque chose, je n’étais certainement pas une menace. Cependant, la remise en vente stipulait une clause particulière : il me fallait apparemment quelqu’un de « fort. » Je ne possédais rien, hormis une sorte de chat mort que j’avais refusé de lâcher. Ce n’était évidemment pas un véritable chat, juste un truc fait de métal et de circuit. Ils avaient songé à me l’enlever avant de simplement se dire qu’ils avaient autre chose à faire, et de laisser le vendeur en décider.
 
Et puis, qu’est-ce que cela voulait dire « fort » ? Parce que la force, ça voulait tout et rien dire. Probablement quelqu’un qui empêcherait ma guérison, de me laisser trop de liberté et qui n’avait pas peur de me châtier si jamais il m’arrivait d’outrepasser mes droits. Honnêtement, cela finissait par être juste une immense blague pas drôle. Ma famille me manquait. Mes sœurs, Cole, Steve... Et même les autres.
 
Je fus acheté par un certain Daniel. Un prénom bien doux pour quelqu’un qui ne l’était pas du tout. Hybride, forcément, cheval. Il était censé être un animal doux et pacifique, mais je suppose que tous les animaux maltraités finissent par devenir fous. C’est une piètre excuse pour quelqu’un qui n’en valait probablement pas la peine. Pour autant, j’appris à le connaître, à travers les sautes d’humeur, les crises de colère et les punitions. Je savais, comme dans les couples où l’un des conjoints est violent, que peu importe mon comportement, il y aurait toujours quelque chose qui lui déplairait... Aussi je ne faisais aucun effort. Enfin, pas vraiment. Avais-je peur pour ma vie ? Non. C’était sans doute la chose qu’il détestait le plus. Lorsqu’il resserrait la ceinture autour de ma gorge, les yeux furieux et sa voix vociférant je ne sais quelles menaces ou accusations, je lui renvoyais un regard calme et placide, mon corps n’essayant même pas de se débattre ou de se défendre. Il détestait ça. Je soupçonne l’homme d’être un dominateur, ou quelqu’un de ce genre là, et qui appréciait juste tirer quelque chose des autres. Au vu du nombre de tentatives, je suppose qu’il n’avait pas encore trouvé ce qui me dérangeait réellement. Non pas que je puisse lui répondre en fait. Tout me dérangeait et tout m’indifférait. J’arrivais à me reculer dans un espace personnel, un palais mental où il ne pouvait m’atteindre et où les Voix étaient tout ce que je pouvais entendre.
 
Lorsque la situation devint réellement critique, autant pour lui que pour moi, plusieurs solutions m’apparurent : le tuer ou m’enfuir. Ou le tuer et m’enfuir. Discuter n’était pas une option : il était sourd aux mots et je n’avais certainement pas envie de m’épuiser à expliquer quelque chose que quelqu’un n’avait pas envie de comprendre. Quelqu’un que je ne détestais pas, mais que je n’aimais pas non plus. Le tuer était hors de question : les règles de cette ville étaient bien plus sévères que dans d’autres, et je ne voulais pas avoir plus de sang sur les mains que je n’en avais déjà. M’enfuir fut donc ma solution. Ce n’était pas difficile, pas pour quelqu’un comme moi, pas plus qu’il n’était difficile d’effacer mes traces. Le plus compliqué sans doute, était de passer inaperçu et de quitter la ville. Je ne pouvais rejoindre mes parents, je n’avais nulle part où aller, aussi... j’avançai, poussé par la certitude que quoi qu’il y ait devant moi, ça sera toujours mieux que ce qui se trouvait derrière.
 
Cela fut ardu, compliqué et très désagréable pour tout un tas de raison. La solitude me rongeait autant l’âme que le corps et c’est avec un soulagement malsain que la nouvelle ville s’étendit devant mes yeux. J’aurais sans doute pu tenter ma chance en essayant de trouver la rébellion ici – toutes les villes devaient en avoir -  ou en continuant d’être seul et libre mais... Mais je ne pouvais pas m’occuper de moi-même. Pas pour le moment en tout cas. J’avais besoin de manger, de me laver et d’être soigner. Des choses que je ne trouverai que dans le système mis en place. Je me rendis donc volontairement dans la première boutique qui se présenta à moi et qui me sembla correcte de l’extérieure. C’était une sensation réellement étrange de volontairement se vendre. Etrange et désagréable.
 
Joshua Hamilton
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MessageSujet: Re: Joshua Hamilton [TERMINE] Joshua Hamilton [TERMINE] EmptyVen 15 Mar 2019 - 21:10
Hello,

Re-bienvenue sur le forum  cheers

C'est un plaisir de faire la connaissance de Joshua~
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MessageSujet: Re: Joshua Hamilton [TERMINE] Joshua Hamilton [TERMINE] EmptyMer 20 Mar 2019 - 15:18
Rebienvenue !

Après quelque jours de lecture - j'ai du m'accorder quelque pause malgré l'histoire hyper passionnante - je peux enfin donner mon verdicts !

Déjà, Pingu, ce n'est pas un pingouin, mais un manchot. Ensuite... Je n'ai rien d'autre à ajouter, et je te valide ! 8D

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Congrat' pour ta validation !
Maintenant passe ta souris ici
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Et maintenant voici la petite liste des choses à faire et à voir avant de te lancer :

Le Règlement - A lire et signer, si ce n'est pas déjà fait :3

Les Recensements - Hop, tout les recensements sont dans cet unique sujet ! Merci de le remplir obligatoirement !

Le Journal - Va zieuter ce qu'il s'y passe, cela peut avoir un impact en rp et donc pour ton personnage, le journal n'est pas à négliger !

Les Adoptions - Tu cherches un maitre ou un pet ? C'est par ici !

Les Rp's - Si tu n'as personne avec qui commencer un rp, poste une demande ! N'oublie pas que si quelqu'un t'intéresse, tu peux aussi le MP directement pour faire ta demande :3

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Le Flood -

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