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Alexandros Archeron /!\ violence, relation avec écart d'âge
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 :: La ville du renouveau : Avant Propos :: Présentation :: Les perles rares
MessageSujet: Alexandros Archeron /! violence, relation avec écart d'âge Alexandros Archeron  /!\ violence, relation avec écart d'âge EmptyMar 22 Jan 2019 - 11:47
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Archeron Alexandros
indécis-homosexuel
+- 26 ANS
Grec


  
 « C'est horrible de se dire qu'à force de subire, on peut s'habituer à tout. Surtout au pire. » Guène.

  

  
Panthera pardus de son nom scientifique. C’est ce qu’il disait en tout cas, et même s’il n’était pas un scientifique, il était loin d’être bête. Pour éviter toute confusion, je dirais simplement que je suis un léopard, plus particulièrement une « panthère noire » qui n’est rien d’autre qu’un léopard... dont les taches ne sont pas particulièrement visible. Famille des felidae, si ça peut vous aider. Non que j’en aie quelque chose à faire, en fait.
Ce que je garde de cette hybridation ? Mis à part un comportement sauvage que l’on peut imputer à mon passé houleux, et ma tendance plus que possessive... C’est la couleur atypique de mes yeux et la forme féline de mes pupilles. Enfin la couleur n’a rien de particulièrement hallucinante, mais le vert de mes iris a tendance à se trouver plus facilement chez les animaux. De plus, la lumière se reflète, comme chez les chats, dans mes iris. Mes dents ont également tendance à être plus pointues, mais encore une fois, rien de bien méchant. Je suis plus sensible aux odeurs et à ce qu’elle renferme, tout comme je suis d’une agilité surprenante.
 
Je suis « une perle rare » et Il aurait été parfaitement d’accord si cela n’avait pas une connotation si péjorative aujourd’hui. Je crois que vous avez compris que je ne suis en rien un animal docile : ça n’a jamais été le cas. Il n’y avait qu’une seule personne qui parvenait à calmer mon tempérament et elle n’est plus là. Bien des dresseurs et autres gens ont tenté de me briser pour me rendre plus malléable, mais on ne brise pas quelque chose qui l’a déjà été. Mon avenir se dessine tel qu’il l’a été au tout début de mon existence et à la toute fin : enchaîné et torturé. Cela ne m’effraie pas plus que ça, que du contraire. On a peur que si l’on a quelque chose à perdre : ce n’est pas mon cas.


  
Meet me
CARACTÈRE

Alexandros n’est pas quelqu’un de subtile. Lorsqu’il pense quelque chose, lorsqu’il a envie de quelque chose, la plupart du temps, il le dit. Il ne sait pas ce que s’est de mentir, si bien qu’il n’est pas difficile de voir ses lamentables tentatives. Il a déjà essayé, principalement pour tenter de me protéger. Il n’aime pas particulièrement parler de lui-même, sans doute parce qu’il n’en voit pas l’utilité. Donc... Il n’est pas subtile, ne ment que rarement, et dit et fait ce qu’il veut. On pourrait croire qu’il est incontrôlable et pourtant il a appris la patience. C’est encore un concept difficile à gérer pour lui, mais il sait attendre. Il n’apprécie pas cela en revanche. D’ailleurs, de manière générale, Lexy n’apprécie pas grand-chose, où c’est ce qu’il aime faire croire. C’est un gros chat qui aime l’eau et la chaleur. Il aime bouger et chasser, et à force, j’ai compris qu’il aimait également dormir dans un nid plein de draps et de coussins.

Il a certes appris à vivre sans rien, il peut parfaitement s’en accommoder, mais il reste « humain. » Il est fort. Autant de physique que de caractère, même si parfois on a l’impression de faire face à un enfant boudeur qui n’a pas obtenu ce qu’il voulait. Prompte à la colère, sauvage et dangereux, je le sais pourtant capable de douceur et de loyauté. Malgré toute l’attention que je lui ais porté, il manque toujours cruellement de confiance : pas en lui-même, ce petit crétin est parfois trop imbu de lui-même, mais face aux autres.

Il se méfie de tout et tout le monde, et selon-lui, le moindre petit acte de bonté cache forcément quelque chose. La majorité des gens le laisse indifférent, mais il reste néanmoins observateur. Il regarde les personnes et apprend d’eux, puis les classe dans des catégories : ennemi – neutre. Rarement dans quelque chose de plus positif, même si c’est déjà, et avec surprise, arrivé. Il est têtu, obstiné, et n’a que peu de considération pour sa vie ou son corps. Il se considère comme une arme, et je dois malheureusement avouer qu’il en est une bonne.

Il est intelligent, quoi qu’il aime agir avant de réfléchir. Cela ne veut pas dire que ça ne cogite pas sous sa petite tête, que du contraire. Lexy est quelqu’un de complexe, de facile à cerner de prime abord – juste un hybride dangereux qu’on ferait mieux de piquer – mais si l’on parvient à gratter... Il a une personnalité fascinante. Drôle – quoi que son humour ne vole souvent pas bien haut – il ne juge ni les pauvres, ni les riches. Les humains et les hybrides ont la même place dans son cœur. Lexy ne comprend simplement pas les considérations de la plupart des gens.
PHYSIQUE
La première chose que l’on remarquerait en me regardant est probablement la couleur verdoyante de mes yeux. Ca se dit ? Il dirait probablement que cela ne s’emploie que pour la verdure... Donc oui, des yeux verts, du genre vraiment vert. Un chaume de plusieurs jours, parce qu’après tout, ça me va bien et que je n’ai pas particulièrement appris à me raser : ce n’est pas quelque chose que l’on apprend à la rue, dans les refuges ou je ne sais quelle autre connerie nommée animalerie. J’ignore si je suis particulièrement grand : quelque chose comme 1m80 pour un poids parfaitement inconnu. Bien qu’ayant souffert de la faim et forcément, de la pauvreté liée à l’esclavage, je ne suis ni squelettique ni famélique. J’ai une musculature bien dessinée sans pour autant être disproportionnée. Je ne prends pas particulièrement soin de mon corps, d’ailleurs, je n’en aie pas grand-chose à faire.
 
Autre détail, mes cheveux sont longs en comparaison de mes contemporains. Ils m’arrivent en bas de la nuque, quelque chose comme un peu au-dessus de mes épaules et attachés avec des perles. Cela dégage mon visage qu’Il disait beau. Autre détails ? Des cicatrices. J’en aie une en dessous de l’œil droit, quant au reste... Et bien, les énumérer serait fort long. Les principales et les plus visibles sont sur mon biceps droit : un beau coup de griffure qui aurait pu m’arracher le bras si je n’étais pas aussi agile et puissant que je le suis. Une autre court sur mon épaule gauche. Ensuite, c’est du... C’est quoi le nom de cet artiste fou ? Po... Pollok ! Cela ne ressemble à rien. Cela ressemble à quelqu’un ayant peint dans mon dos toute sa rage et sa haine. C’est une peinture représentant la cruauté. Mon torse est moins abîmé, tout comme mes jambes, mais il est évident que la vie n’a pas toujours été simple pour moi. Je présume que part les temps qui courent, il en va de même pour tout le monde et que par conséquent, mon caractère irascible n’a peu lieu d’être... Et bien à ces gens je dirai que je me moque bien de leur avis, mais il s’agit d’une autre question.
 
Je suis vif, agile, probablement grâce aux gènes félins. Ma peau est halée et mes cheveux noirs. Il disait aussi que j’avais le regard d’un prédateur et le sourire d’un abruti, mais je ne sais pas trop quel crédit apporter à tout cela.



  
Au commencement, il y avait Lui
Je n’ai pas de souvenir de ma famille. J’ignore qui est mon père ou ma mère, j’ignore si j’ai eu un frère ou une sœur, un jour, et je m’en moque. Je n’éprouve aucune curiosité à leur propos, et la seule raison pour laquelle je voudrais éventuellement les retrouver, c’est pour planter mes corps dans la chair tendre de leur cou. Il m’arrive encore aujourd’hui de me demander pourquoi j’ai été laissé dans une poubelle – littéralement – et laissé à mourir. C’était sans doute une pratique courante, surtout si on nait dans un climat de peur, voire de terreur. Cela n’excuse rien. Je suis du genre à penser que si on aime, on se doit de protéger jusqu’à la mort. Je ne l’ai fait qu’une fois, et voyez le résultat. Je ne regrette rien pourtant... Ou si, je regrette simplement de ne pas avoir fait plus. De ne pas avoir été plus fort, plus résistant, plus sauvage. Peut-être qu’en étant mieux préparé, en prenant les choses plus sérieusement, peut-être que ça aurait été différent. Je n’ai pas le don de changer le passé, je dois vivre avec mes erreurs et mes souvenirs.
 
*_*_*_*
 
CLAP
 
Le bruit est aussi assourdissant que la douleur est fulgurante. Le piège de métal s’est refermé sur ma jambe – ou ma patte, tout est très confus – et mon hurlement ne doit émouvoir personne dans cette partie reculée de la forêt. Je sais ce que c’est. J’ai une dizaine d’années, mais je ne suis pas totalement demeuré : c’était un piège à ours. Ou a loup. Un piège destiné à attraper un animal, voire éventuellement un hybride. Ca a même peut-être été installé par des chasseurs ou des braconniers. Peu m’importait en vérité : je savais ce que signifiait rester sur place. Un risque de mort, et plus certainement, de capture. Je ne pouvais pas me retrouver encore une fois entre les mains de ces... monstres ? C’était juste des gens, des gens qui avaient fait de moi une vulgaire arme qui, si elle ressentait encore la douleur, pouvait parfaitement en faire fi pour se sauver. Ne reste que l’instinct impérieux de survie, celui que n’importe quel animal possède. Je me débats donc, violemment, mais les dents de l’arme ne font que s’enfoncer davantage dans la chair, gratte et perce sans que je ne puisse rien faire. Le sang, mon sang, inonde et abreuve la terre, envahit mes narines et allume une alarme dans un coin reculé de ma tête. Je gronde et ma patte avant frappe le piège sans le faire bouger. Un frisson dresse les poils noirs de mon corps, hérisse ceux de ma queue alors que je commence à attaquer vivement le métal solide, attisant la douleur, mais ne parvenant pas à m’arrêter. J’ai conscience, quelque part, qu’il me faut retrouver forme humaine. Malheureusement, même si je contrôle plus ou moins tout ça, en me servant essentiellement de la colère et de toutes les émotions fortes qui bouillonnent continuellement dans mon sang... Je n’y arrive pas. La douleur est forte et lancinante, et je sens qu’en l’état, je n’allais arriver à rien.
 
Cela me demande un effort colossal pour ne plus m’attaquer au piège, et un effort plus grand encore pour me coucher et ne plus bouger. Plus du tout. La souffrance était encore là, le sang continuait de couler, humidifiant mes poils, mais c’était moins terrible. Ce n’était pourtant pas assez pour que je parvienne à redevenir humain. Je faisais peut-être un blocage... peu importait la raison, je savais qu’avec le soleil se couchant, avec les températures baissant inévitablement, j’allais aux-devants de plus graves problèmes. Je pouvais espérer passer inaperçu dans le noir en temps normal : c’était l’une de mes plus grandes qualités... Seulement l’odeur du sang était forte et je ne parvenais pas à réprimer le ronronnement qui sortait de ma gorge. ... Oui, vie de merde. Cela dit, un truc n’arrive jamais sans un autre, et quand on est au fond du trou, il y a toujours moyen de tomber encore plus bas.
 
Ce qu’il faut savoir, c’est que les loups ont repris possession de ces lieux. Ils avaient été chassés, je crois, mais une certaine politique de sauvegarde des espèces a permis de faire revenir des ours et des loups, entre autre chose. Si me retrouver face à un ours aurait déjà été terrible, être devant les hurlements lugubres d’une meute ne faisait pas partie de mes priorités. Les loups en meute sont dangereux, ils sont quasi invincibles : leur nombre et leur force d’attaque en font des prédateurs redoutables. Ce que j’ai aussi appris c’est que plus on est proche de leur tanière, et plus ils se croient forts. Probablement que c’est le cas. Je sais pas et je n’ai absolument pas envie de vérifier la chose.
 
Mes oreilles se baissèrent tandis que ma tête se redressait. Je cherchai une trace vivante dans la pénombre, mais il n’y avait rien. Juste le silence et le vide... Jusqu’à ce qu’un craquement sec retentisse qui me fit tourner la tête. Je sentais la présence d’un animal, et l’instinct me disait que les autres n’étaient pas loin. Je n’avais aucune chance avec le piège qui me broyait la patte, mais je refusais aussi de leur donner ma vie sans me battre. Me redresser ne fut pas simple, mais mon grondement furieux leur appris que la bête blessée que j’étais avait encore assez d’énergie que pour se montrer un poil coriace. Ils sont opportunistes, je le sais. Naturellement, ils ne s’attaqueraient jamais à un animal tel que moi, mais je suis seul, blessé et piégé... Ils étaient nombreux et ils savaient qu’ils avaient l’avantage. L’ombre de l’un d’entre eux se rapprocha, tournant autour de moi... Probablement le chef de meute qui cherchait le point le plus faible. Mon corps se dressa, tentant de sauter et d’attraper l’animal à la gorge. Il sauta souplement sur le côté tandis que le piège enchainé au sol me retenait sur place, grattant un peu plus la chair et me faisant hurler autant de rage que de douleur. C’était le cri de départ, le petit truc qu’il fallait pour que tout commence, dérape, et qu'ils attaquent. Un autre loup sauta, manquant de peu d’atteindre à la cuisse, tandis qu’un autre arriva parfaitement à mordre mon flanc avant de se reculer rapidement, avant que je ne puisse l’atteindre et le blesser à mon tour.
 
C’est difficile, mais je suis fort. Il y a des entailles partout, du sang et beaucoup de douleur, mais ce n’était pas terminé. La meute est nombreuse, je crois : une dizaine d’individu, et si j’étais moins sûr de ce que j’étais, je pourrais clairement prendre peur. Cela ne se produisit jamais.
 
BOM – FSHHHH
 
Le bruit nous surprend tous. Les loups qui eux peuvent bouger reculent sous l’effet de la peur : ils détestent toujours autant les Hommes. Enfin, ce n’était pas de la haine, mais de la peur. Leur extermination par ces derniers était inscrite dans leurs gènes... Et puis surtout, la lueur soudaine à tendance à les faire fuir. Ils sont à la lisière, grondant et jappant, s’approchant et se reculant dès qu’un bruit sec retentissait. Il y avait d’autres gens, dont l’un se rapprocha. Il était... inquiétant ? Sa stature était forte, épaules carrées, visage bien dessiné, barbe et cheveux plus longs que les autres. Il respirait la force et pourtant, si son visage pouvait paraitre dur, ses yeux étaient doux. Sa voix aussi. Bien que grave, je savais et comprenais qu’il essayait de me calmer. Au vu des armes qu’il portait, je n’avais cependant pas envie de lui faire confiance.
 
- Achève-le !
 
Mon sifflement lui répondit, et l’homme tout proche prouva qu’il avait de bons réflexes : il échappa à un coup de patte vengeur.
 
- Tout doux, mon beau. Je vais te libérer.
 
J’entends un clik, et mes oreilles se baissent. L’homme se tourne vers ses compatriotes qui tiennent des armes et me mettent clairement en joue, moi et les loups. Je sens dans son odeur qu’il n’est pas d’accord, qu’il n’aime pas ce qui se passe. J’aime son odeur. Je déteste celle des autres. Elle est violente, mauvaise. Je sais que je n’ai pas de grandes chances : soit je reste là, avec eux et je risque ma vie, soit je m’enfonce dans l’obscurité dès que je suis libéré, et je risque ma vie avec les loups. Je regarde avec attention les gestes de l’homme, ils sont précis : ses doigts courent sur le mécanisme qui s’ouvre brusquement, m’arrachant un son étrange et étranglé. Par réflexe, je cherche à mordre les doigts qui viennent de m’aider et je suis surpris de rencontrer la chair tendre et le gout capiteux du sang. Ce n’était pas une blessure profonde, du moins, je n’en avais pas l’impression quand je parvins enfin à desserrer les mâchoires. Il n’avait pas l’air en colère, il n’avait pas l’air non plus d’avoir mal. Son regard était... Je ne savais pas ce que c’était.
 
Et avant Lui, il n’y avait rien

 
Depuis cette fameuse nuit, les jours avaient passé. N’ayant pas réellement le choix, j’avais fini par accepté son aide. Les autres n’étaient pas particulièrement heureux, mais Il était apparemment leur chef et ils n’avaient donc pas leur mot à dire. J’étais parvenu à reprendre forme humaine, et ça ne les avait visiblement pas surpris. L’homme avait simplement posé sa veste sur mes épaules, et j’avais ricané : je n’avais pas besoin de cacher ma nudité, je n’étais pas prude, d’ailleurs ce genre de considération était absurde. J’ai compris un temps plus tard qu’il se fichait bien que je sois nu ou non... C’était juste le froid. La veste, avec sa chaleur et son odeur, pour lutter contre la perte de sang et le froid de la nuit. Il m’avait bandé le pied étroitement après avoir tout désinfecté. Il n’avait pas tenté de me prendre dans ses bras pour me porter, et pour ça, je lui en étais reconnaissant. Il semblait calme durant le trajet de retour, et ne pas faire attention à moi, mais je savais qu’il jetait un coup d’œil de temps en temps, sans jamais rien dire et sans jamais ralentir la marche.
 
Et depuis, je suis cantonné essentiellement à sa chambre. Il ne me surveille pas, et ça serait facile de partir, même avec tout ces gens aux alentours. Je suis... curieux. Il n’a jamais essayé de me toucher, il n’a jamais tenté de me frapper, il se contente de me donner à manger et de m’indiquer certaines choses, comme si j’étais un animal sauvage et dangereux. J’aime ça. Son regard est toujours étrangement doux, et cela éveille continuellement la méfiance : je ne comprends pas pourquoi il agit comme ça avec moi. Ni pourquoi il tente de prendre autant soin de mon pied blessé. Je sais qu’il y avait une sorte de médecin ici, et un bon chirurgien. C’était apparemment une caserne, avec des gens portant des armes. Militaires qu’Il disait. Il, c’est Achille.
 
D’ailleurs, en parlant de lui, je sens son regard dans mon dos. Il ne dit rien, mais je sais qu’il fronce les sourcils. Je n’ai rien fait – pas encore – il n’y a donc aucune raison pour qu’il soit mécontent. Pourtant, son odeur est... soucieuse.
 
- Qu’est-ce que tu veux ?
 
Son regard bleu se relève pour se poser sur mon visage, et à nouveau, je me sens déstabilisé. Je ne sens rien de particulier, je ne me sens ni en danger, ni particulièrement vulnérable. Au contraire, j’ai l’impression d’être en sécurité, ce qui me fait gronder et détourner la tête. Pas assez vite pour ignorer le sourire qui étire ses lèvres. Je caresse l’idée de l’attaquer pour cette moquerie, mais je me ravise. Même si je n’aurais aucun problème à la battre, il... et bien il me surprend trop rapidement pour que je puisse faire quoi que se soit d’autre que froncer fortement les sourcils.
 
- Tu ne m’as toujours pas dit ton nom.
- Je n’ai pas de nom.
 
On ne donne pas de nom à une arme où à un objet. On en donne aux gens, peut-être aux animaux, mais pas à ce qui est remplaçable. Il se redresse pour venir vers moi, sa main se levant et se suspendant un court instant, avisant ma réaction. Vu que je n’en ai aucune, il pose enfin sa main dans mes cheveux, les frottant. Je chasse sa main, faisant la moue et remettant mes cheveux en place alors qu’il se laissait aller à un rire léger. Je sais que c’était ce qu’il voulait. J’ai toujours du mal à savoir comment agir avec lui parce qu’après tout, ça ne faisait que quelques jours, mais... Mais ça, c’était facile.
 
- On devrait essayer de t’en trouver un.
- Quand ils me faisaient combattre, ils disaient « One. » Mais ce n’était pas un nom, juste un classement.
 
*_*_*_*_*
 
Le bruit dans la salle à manger ne me fait plus rien depuis longtemps. Les premières fois, j’avais détesté ça : il était impossible pour moi de détecter le danger, de capter un bruit plutôt qu’un autre et je m’étais souvent retrouvé à être la cible de projectile en tout genre. Dans l’esprit de ces hommes – et plus rarement de ces femmes – je n’étais rien. J’étais le gros chat d’Achille, l’animal qui le suivait et qu’il prenait la peine de nourrir. J’étais une insulte à eux par ma seule présence, parce que j’avais le droit de manger à sa table. Tout le monde me détestait et j’adorais ça. Ou plutôt, je m’en moquais : je n’avais pas besoin d’eux. Achille m’avait dit d’être patient, d’être moins sauvage : il essayait de m’éduquer, de faire de moi une personne et non pas une arme ou un objet quelconque qui ferait joli dans un salon. Je me souviens du tollé que ma présence avait fait à la table des généraux la première fois, si bien que pour me faire accepter, j’avais été relégué à « serviteur » les premières semaines. Achille avait fulminé, préférant bouder les repas communs. Enfin, il aurait préféré bouder les repas comment : Achille était un homme sage, bien loin de ce que son nom pouvait laisser entendre. C’était un homme bon qui détestait l’injustice et le manque de respect. Je me demandais encore comment il avait pu me supporter si longtemps : je n’étais pas particulièrement poli, pas même avec lui. J’étais imbu, irrespectueux et dangereux. Et j’avais tenté de fuir un nombre incalculable de fois.
 
Achille n’avait jamais tenté de me rattraper. Il partait parfois « chasser » et je savais qu’il partait dans la forêt juste pour s’assurer que je n’avais rien. Parfois il me trouvait, parfois non, mais cela revenait toujours au même point : je revenais par moi-même. C’était devenu une sorte de jeu dans mon esprit, jusqu’à ce que j’apprenne que cela lui créait des ennuis. C’était au détour d’une conversation que je n’étais pas censé entendre. C’était insultant, l’homme qui lui parlait était mauvais, et Achille répondait sans jamais perdre son calme. Comme pouvait-il espérer se faire respecter et obéir des hommes s’il n’était même pas capable de se faire écouter par son animal ? Ca m’avait mis hors de moi. C’était idiot et totalement en contradiction avec ce qu’il tentait de m’apprendre, et ça lui avait causé encore plus d’ennuis alors que c’était bien la dernière chose que je lui souhaitais. Je n’aimais pas les autres, mais lui, je l’aimais. Il était le premier et le seul à me voir comme « quelqu’un » et non pas un jouet, une œuvre d’art ou un moyen de parvenir à ses fins. Sa gentillesse ne cachait rien. J’avais été méfiant au départ, ne comprenant pas sa bonté puisque je n’avais jamais reçu la moindre démonstration d’affection. J’avais rapidement appris à décoder les différences entre lui et les autres. Les autres ne voyaient rien d’humain en moi. Tout juste respectaient-ils mon don pour le combat. Achille était différent de part sa patience et les sourires auxquels j’avais droit. J’avais remarqué qu’il était différent avec les autres, et j’avais appris à aimer ça aussi.
 
Par contre je n’aimais pas du tout le regard de cette femme sur Achille. Oh, ce n’était rien de méchant, et c’était bien là le problème. Je pouvais composer avec la cruauté des gens, je comprenais ça. En revanche, comment étais-je censé réagir lorsque je sentais les phéromones qu’elle dégageait ? Son regard plein de convoitise et les mimiques qu’elle faisait ? Je n’étais pas complètement stupide sur la question, je savais qu’elle s’adonnait à une sorte de jeu de séduction. Le fait que je ne puisse pas le reproduire ne signifiait pas que j’y étais insensible ou que je ne le comprenais pas. Enfin, en un sens si : ça ne m’était jamais destiné et si cela arrivait un jour, je risquais fort de ne pas y réagir parce que cela m’était totalement étranger. Là, en l’occurrence, je regardais leurs interactions sans pouvoir rien faire et cela me mettait en rage. Je n’aimais pas être spectateur, je n’aimais pas ne pouvoir rien faire. Je n’aimais pas non plus l’idée qu’il puisse y avoir autre chose que moi dans la vie d’Achille. Le fait que ça soit totalement égoïste m’indifférait au plus haut point.
 
Je ne voulais pas lui créer d’autres ennuis. J’essayais vraiment de faire des efforts et de contrôler mes sautes d’humeur, parfaitement conscient de tout ce qu’il faisait pour moi. Il m’avait appris à lire, à parler correctement, à réfléchir avant d’agir, il essayait de m’apprendre la patience aussi. Il m’entraînait et je savais qu’il remuait ciel et terre pour que je puisse intégrer la formation militaire, mais cela ne m’intéressait pas. J’étais plus fort que tous ces stupides gamins qui suaient tous les matins durant la course journalière.
 
Je me relevai brusquement, ravalant une remarque acerbe mais pas mon grondement menaçant. Le silence se fit à notre table mais je ne faisais que regarder la femme. Puis je partis, malgré l’envie de la déchiqueter. Je caresse l’idée de partir, de m’enfuir dès que mon nez est dehors et que le silence m’embrasse. Je respire à pleins poumons, mais je capte toujours les fragrances humaines et l’odeur typique des voitures. La forêt n’est pas loin : le camp a été construit en dehors de la ville, comme presque toujours, parce que ça facilite les déploiements et les entraînements. J’ai envie de retourner là-bas, de me transformer et de courir librement. Achille ne court plus vraiment avec moi. Nous ne sortons plus non plus et même s’il m’entraîne, il a tendance à... Délaisser ce côté animal en moi. Je pourrais partir, partir loin. Je suis plus grand, plus fort, j’ai le ventre plein, je sais chasser et pêcher, je sais me défendre et vivre seul ne m’a jamais poser de problème. Rien ne me retient.
 
Rien, sauf lui.
 
Ca m’énerve. Je l’aimais, mais je n’avais jamais pensé être loyal un jour. Il me servait, il avait été utile, et il était intéressant. C’était lui que je préférais de tous les autres, mais je n’avais jamais prévu ressentir le devoir de rester près de lui ! Je me renfrogne, et peut-être que je pourrais faire ce qu’il m’a dit : parler. Je n’en voyais généralement pas l’utilité, même si je répondais aux questions et entretenais une conversation. Je n’avais pas de problème à parler des combats que j’avais fait, des tortures et des coups de fouets. Tout cela m’était indifférent... Pourtant il m’enjoignait à parler lorsque quelque chose m’agaçait ou me mettait en colère. Il me demandait de parler lorsque je n’arrivais pas à mettre un mot sur mes sentiments. Peut-être que lui dire que je ne voulais pas le partager aiderait.
 
...
Naaaa.
 
Ce qui me poussa à bouger n’était pas le froid de la nuit, ni le fait qu’Achille préférait que je rentre dans son petit baraquement à une certaine heure... Ca avait tout à voir avec lui discutant avec entrain avec cette même fille qui me hérissait le poil. Je grondai encore une fois, montrant les dents dans l’obscurité, du haut de mon toit. Cela pouvait paraître absurde, mais mon espèce adorait grimper, c’était même de très bons grimpeurs ! En cet instant, j’étais partagé entre la joie d’être incognito en hauteur, et l’envie de sauter sur cette femme pour lui faire comprendre qu’elle était sa place : certainement pas à côté de cet homme.
 
Malheureusement, cela créerait des ennuis à l’homme. Et vu qu’ils entraient tous les deux dans le baraquement, je n’allais certainement pas les suivre. Il y avait une boule d’émotion houleuse qui brulait en moi sans que je ne puisse mettre un mot dessus. J’aurais pu arriver comme une fleur pour les ennuyer mais l’idée même de les découvrir ensemble me révulsait. Je n’avais pas peur et je ne fuyais pas. Pas du tout. Il était peut-être simplement temps que je parte d’ici. Ressentir ce genre de chose était dangereux, peu importe le sentiment. Sortir du camp n’est donc pas difficile : ça fait quelques années que je suis là et j’en connais tous les recoins. Une fois dehors me transformer n’est pas particulièrement compliqué. Il suffisait de ressentir cette joie intense d’être seul et libre, de pouvoir se dégourdir les pattes et de disparaitre dans la nuit.
 
Ca n’aurait pas dû être compliqué du moins. Je n’ai pas le temps de faire ce que je voulais. M’éloigner du campement oui, m’enfoncer dans la forêt pareil, mais la différence, c’est que j’avais été suivi. Je savais ne pas être particulièrement apprécié par les recrues. Généralement le règlement strict de la caserne les tenait à l’écart, mais tous les instructeurs étaient chez « eux » ou encore en train de manger. Ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient... D’autant qu’en voyant la masse à leur côté, il y en avait un qui allait les couvrir et les encourager.
 
- Tu as décidé d’avoir des couilles, Dimitri ?
- Il est temps que tu apprennes ta place, chien galeux.
- Léopard. Panthère noire, à la rigueur. Si tu te trompes même sur ça, je plains tes élèves.
 
Il pince les lèvres et je sais que le bruit léger dans le noir est un petit rire étouffé. Je n’aime pas cet homme. C’est celui qui le premier soir avait voulu me buter. C’était celui qui voulait faire de moi un exemple, continuellement, et qui se heurtait, tout aussi continuellement, à la force tranquille qu’était Achille. J’ignorais ce que voulais ce gars : me frapper, m’entraîner, m’apprendre ma place ou me baiser. Cela n’avait aucune importance parce qu’il n’était jamais parvenu à rien et ça n’allait pas commencer.
 
- Ne t’en fais pas, tu n’auras bientôt plus assez de dents pour parler.
 
Ne pas répondre était déjà une réponse. Je ris à la place, quelque chose de probablement un peu fou au vu des regards que les autres se lancèrent. Je me mis en position, bien souple sur mes pieds, le sourire collé aux lèvres à l’idée de pouvoir me battre et de faire couler le sang. Ils étaient six, en comptant l’instructeur, et même avec ça, j’étais persuadé de pouvoir m’en sortir. J’étais plus rapide, plus petit aussi, vu que je n’avais pas terminé ma croissance. Je savais parfaitement comment jouer avec mes forces et faiblesses et comment retourner les choses contre eux. J’étais naturellement un chasseur après tout. Mais le crétin continua de parler et ça me glaça. Mon sourire se perdit dans l’hésitation et le doute.
 
- C’est ça, résiste. Tu ne feras qu’aggraver la situation d’Achille. L’idiot est prêt à mettre en jeu sa carrière pour toi... Et tu vas la briser.
 
Je ne comprenais pas. Ou plutôt, je pensais comprendre que les attaquer, me défendre et leur donner une leçon ne ferait qu’aggraver une situation qu’Achille avait tenue secrète. Ce n’était pas vrai ! Il m’en aurait sûrement parlé. Ou pas. J’étais trop jeune pour trop de choses selon lui et s’il me considérait comme une personne, il avait aussi tendance à vouloir me préserver, jusqu’à ce que je lui rappelle que je n’étais plus un enfant depuis longtemps. J’évitai instinctivement le premier coup. Ce n’est pas que je voyais la chose arriver au ralenti, c’est juste... ils sont mauvais. Comment pouvaient-ils espérer me toucher quand Achille lui-même m’entraînait ? Quand je me battais pour ma vie depuis que j’étais en âge de me tenir debout ? Que mes précédents possesseurs me brisaient les os lorsque je n’étais qu’un nourrisson, uniquement pour m’apprendre à vivre dans la douleur, consolider des os... Parce que des os brisés, c’est soit disant plus solide.
 
Je ne suis pas concentré. Je ne pense qu’à Lui et au fait qu’il m’avait probablement menti et qu’il était occupé à prendre du bon temps avec cette conne. Je n’évite pas le poing violent qui est porté à mon estomac et qui a tendance à me plier en deux. La personne en profite pour agripper mon visage et lever son genou. Le sang inonde rapidement mes lèvres et mon menton, électrisant mes sens, et s’et pourtant avec un infini contrôle que je parviens à réprimer l’envie – le besoin – de me défendre. Me faire passer à tabac et ne pas moufeter, je sais faire, mais avec un groupe de demeurés qui pensent sérieusement qu’ils ont réussi à me dominer. Le tout, c’est d’éviter que des points vitaux ou trop sensibles soient toucher. Le visage doit être couvert, au moins un minimum. Pas par souci esthétique, mais parce que c’est une zone qui saigne beaucoup. Et y’a le cerveau aussi, et que d’après ce que je sais, le cerveau est important. Ensuite, il faut éviter qu’une côte ne vienne à briser et transpercer un poumon, ça finirait par m’étouffer. Difficile de protéger la colonne vertébrale et la nuque par contre, et c’est des zones toutes aussi importantes. Il faut juste faire des choix : tabasser à mort quelqu’un est épuisant et lassant, ça demande force, courage et  endurance. Ils se lasseront avant moi.
 
Ca arrive. Je ne sais pas au bout de combien de temps, mais les semelles deviennent moins présentes et le coup de botte final m’entaille méchamment l’arcade. Mon cœur bat rapidement, réclamant avec ardeur son lot de vengeance, mais je m’accroche à la seule pensée que répliquer décevrait Achille. Je les laisse s’en aller et me redresse une fois qu’ils sont un peu plus loin. Assis à même le sol, grinçant sous les courbatures, les hématomes et la chair meurtrie, je crache pour dégager mes voies respiratoires. J’ai la tête qui tourne et quelques difficultés à respirer, mais une rapide inspection m’apprend que rien de dangereux n’a été véritablement cassé. Pourquoi est-ce que je rentre, c’est une autre question. J’étais parti pour ne pas revenir, et qu’est-ce que je faisais ? J’avais l’impression d’être un animal fautif qui rentrait la queue entre les jambes ! Je poussai la porte de son baraquement, aussi silencieusement que possible. Malgré l’envie d’emmerder la conne, je ne souhaitais pas véritablement faire de mal à Achille... L’odeur de la femme est partout d’ailleurs, mais pas autant qu’on pourrait le croire après une nuit torride passer avec lui. En fait, il n’y a pas la moindre trace de phéromones ou d’odeur de sexe. Même en ouvrant les fenêtres et la porte, il n’aurait pas pu effacer toutes les traces. Il alluma la petite lampe de chevet aussi, donc passer inaperçu est impossible, surtout qu’il me connait et qu’il est réveillé.
 
Il était assis sur le lit, les yeux dirigé vers le sol. Je crois qu’il réfléchissait, courbé, presque... malheureux ? Je m’ébroue, la colère éclatant comme une bulle dès qu’il se relève et que je vois le courroux de son visage se transformer en véritable inquiétude en voyant mon état. Je chassai la main qu’il tenta d’apporter à mon visage et soufflai méchamment.
 
- Que s’est-il passé ?
- Rien. Pas tes affaires.
- Lexy... Je ne peux pas t’aider si je ne sais pas ce qui est arrivé.
- J’ai pas besoin de ton aide !
 
J’étais en colère et blessé. Physiquement ça allait, mais moralement... J’avais été humilié. C’était comme ça que je le ressentais. Je me fichais des insultes, du harcèlement, de toutes ces choses communes, mais c’était la première fois que je ne réagissais pas à une bagarre, et ce, volontairement. A cause de lui. Je m’éloignai de lui, enlevant les vêtements fatigués pour allumer le robinet du lavabo. Je m’aspergeai le visage, rinçant et nettoyant le sang, et sursautai en sentant un doigt chaud se poser sur une marque rougeâtre et probablement déjà un peu violette.
 
- Qui.T’as.Fait.Ca ?
 
Je suis plutôt persuadé que je n’aurais pas dû ressentir se frisson d’excitation à ce grondement plein de menace. Je n’ai jamais oublié qui était Achille. Il était bon, gentil, mais il était loin d’être faible.
 
- Personne. Oublie ça.
 
Il prit d’autorité mon visage alors que je reprenais le nettoyage, et si le geste pouvait paraître violent, le contact sur ma peau restait doux et précautionneux, veillant à ne toucher aucun bleu, aucune écorchure. Il inspecta rapidement mais minutieusement mon visage, ainsi que le reste de mon corps puis alla chercher un torchon qu’il humidifia à l’eau tiède. Avant d’entreprendre le nettoyage de mon dos. En silence. C’était aussi ce que j’appréciais chez lui, il ne me forçait jamais à rien. Il me donnait ses leçons, ses apprentissages subtilement. Parfois il me défiait, parce qu’il savait que je ne résistais jamais à ça. Parfois, il évoquait juste un sujet, comme le dernier en date : la confiance. J’avais rétorqué que je ne faisais confiance à personne, avant de me rendre compte que je pouvais le blesser en disant ça. Il n’avait pas eu l’air d’être heurté, malgré son insulte suivante : seuls les lâches ne faisaient confiance à personne. Seuls ceux qui ont peur n’aiment personne. Je n’étais pas lâche, je l’aimais lui. J’étais juste totalement exclusif, je me fichais des autres ! Mais selon lui, ce que je ressentais n’étais pas de l’amour... Juste de la reconnaissance, ou quelque chose du genre.
 
- Dimitri a outrepassé ses droits. Il va payer.
- Comment tu sais que s’est lui ?
- Il faut être idiot et aveugle pour ne pas voir qu’il ne t’aime pas.
- Je m’en fou.
- Ce qu’il a fait est grave, Alexandros.
- Parce que je suis ta chose ?
- Parce qu’il ne devrait jamais faire ça à quelqu’un. Son travail est de protéger, peu importe ses croyance et préférence. Ce déchainement de violence n’est ni digne, ni honorable. C’est le fruit d’un être qui a un problème. Quant à toi... Pourquoi ne pas t’être défendu ?
- Tu as demandé...
- Je n’ai jamais demandé que tu risques ainsi ta vie. Tu as le droit de te défendre, de répondre à la menace. Tu as le droit de tuer si on en veut à ta vie. Tu étais parfaitement capable de le faire.
- Il... a laissé entendre que ça te créerait des ennuis.
 
Je vis son visage... s’attrister. Il était consterné. Et révolté. Plutôt que de me faire la morale, de me sermonner ou quelque chose du genre, il déposa le chiffon sur le lavabo et me pris dans ses bras, veillant toujours à ne pas me serrer trop fort, ni toucher les plaies. Je tressailli, figé et grondant légèrement, mal à l’aise. Il ne dit rien, resta ainsi, jusqu’à ce que je me décide à passer timidement un bras autour de lui.
 
On resta un moment comme ça, avant que je ne décide que c’était vraiment trop gênant et que je nous sépare. Il m’aida ensuite à terminer les soins et je pus dormir avec lui. Ou plutôt, il préféra me garder avec lui. C’était étrange de se sentir aussi... bien, en sécurité, alors que rien n’avait changé. Ce n’était pas parce qu’il avait un bras autour de ma taille, que sa barbe me chatouillait et que son souffle caressait ma peau que je n’étais plus une source d’ennui pour lui.
 
*_*_*_*_*
 
Je regardais fixement Achille. Vu son exaspération, je devais parfaitement montrer mon désaccord. La femme – Chloe – était dans le baraquement, visiblement extrêmement mal à l’aise. Ce n’était certainement pas à cause de mon visage coloré ou des différents pansements qui parcouraient mon corps, mais bien à cause de toute l’animosité que je lui témoignais. Elle n’avait rien à faire ici. Ici, c’était le seul endroit un peu à moi. Elle n’avait rien à foutre chez Achille et chez moi. Encore moins pour qu’on m’annonce la bouche en cœur qu’elle allait être ma prof-instructrice. J’en avais littéralement rien à foutre que la gonzesse était la seule à avoir accepté ! Elle faisait juste ça pour lui plaire ! Je ne l’aimais pas ! Je ne voulais pas d’elle comme tutrice ou je ne sais quoi, Achille me suffisait amplement ! Malheureusement, au vu du nombre de « mon garçon » qu’il avait dit, il me considérait comme un enfant capricieux. Quoi que je dise, il ne changerait pas d’avis.
 
- Je t’ai dit que je ne voulais pas. Je ne serai pas l’arme de la Grèce.
- Il ne s’agit pas de ça, et tu le sais.
- Et pourtant tu vas me donner à cette... !
 
Je grondai, sifflant contre la femme qui eut le bon gout de ne pas reculer. Il allait juste m’abandonner, me donner à quelqu’un d’autre qui n’avait rien à faire de moi. Ce n’était pas gênant, je n’avais rien à faire d’elle. J’étais par contre blessé par Achille. Je ne m’attendais pas à ce qu’il se débarrasse de moi. J’avais grandi, c’est vrai, je n’étais plus un joli petit garçon un peu sauvage...
 
- Si c’est... parce que je désobéis, je... te promets d’être sage.
 
Oh, wow. Même à moi j’ai l’impression que ça me brûle la gorge et les yeux. J’allais faire des efforts. Encore plus d’efforts. Je cesserai de gronder et me battre, je servirai les gens s’ils le demandent, je m’entraînerai sagement... Mais s’il m’abandonne, alors je n’aurais aucune raison de rester. Je n’aime pas du tout ce que je ressens, principalement parce que je n’arrive pas à déterminer ce que c’est. J’ai conscience que la porte se referme et j’ai un instant peur qu’il soit parti en me laissant seul avec Chloe. Sauf que non : elle est partie et lui est devant moi, l’air triste, et je ne comprends pas pourquoi : il est parvenu à faire ce que personne d’autre n’avait fait jusque là : me briser.
 
- Je sais pas quoi faire d’autre... De plus. J’ai pas répondu quand ils m’ont tabassé, j’essaye d’être moins violent, j’essaye d’avoir confiance mais...
- Je ne t’abandonnerai jamais. Il n’est pas question que tu rejoignes un centre d’entraînement pour hybrides, même si ça te serait bénéfique. De toute façon, tu serais trop fort pour eux.
 
Son sourire essaye de dédramatiser la chose. Vu mon silence, il continue.
 
- Chloe est venue d’elle-même pour me proposer de t’aider. Je n’ai plus grand-chose à t’apprendre Lexy.
- C’est pas vrai.
- Bien sûr que si. Tu es un excellent combattant, chaque jour tu apprends à te contrôler un peu plus, tu apprivoises la vie : c’est important. Chloe t’aidera là-dedans.
- Est-ce que tu la baises ?
 
Je crois que je viens de le casser. Il a un mouvement de recule, sans doute dû à la surprise. Il cligne des yeux avant de froncer les sourcils.
 
- Qu’est-ce que tu racontes ? Non. Bien sûr que non.
- Génial. Je ne l’aime pas.
- J’ai parfois du mal à te suivre. C’est pour cette raison que tu as fugué la nuit dernière ?
- C’est toi que j’aime. J’ai pas envie de te partager.
 
Il soupire dans un sourire et refait cette chose étrange qui est de me prendre dans ses bras. Cette fois pourtant, il n’y a aucune raison valable à ce qu’il me colle contre lui. Il me répète les quelques mots, mais je crois qu’il ne comprend pas. Ce n’était pas grave. Pour le moment, il était toujours à moi.
 
*_*_*_*_*
 
Trop jeune.
Il avait osé me dire que j’étais trop jeune pour le suivre.
J’avais dix-sept ans, merci bien !
 
J’étais même bien meilleur que beaucoup des soldats ici, et pas seulement parce que j’étais un hybride. J’étais bon tireur, je m’améliorais dans la stratégie ou la tactique, suivant le nom qu’on voulait lui donner, je savais parfaitement m’occuper d’armes, que ça soit dans le nettoyage ou les réparation, j’étais plus calme, attentif et moins emprunt aux sautes d’humeur. Il n’y avait aucune raison pour qu’Achille me laisse sur le côté alors qu’il allait passer plus de six mois à Penketh, ville du Moyen-Orient qui connaissait quelques problèmes civils. Je pouvais aider, mais il continuait de décréter que j’étais trop jeune. Lui était trop vieux, voilà. Ce n’était pas la première fois qu’il partait, mais chaque fois il revenait avec de nouvelles blessures ou un regard hanté. Je voulais être là pour le protéger, ce n’étais quand même pas trop demander !
 
Tout cela mis à part, ma situation s’était... améliorée ? Plus personne ne m’emmerdait ouvertement. Je n’étais pas plus aimé qu’avant, et je m’en foutais toujours autant, mais le renvoie de Dimitri et des recrues qui avaient fait la merde avait été un exemple pour quiconque se croirait au-dessus des lois. Achille avait détesté faire ça, mais j’étais officiellement sa propriété, et donc en un sens, celle de l’Etat. Par ce fait, on ne pouvait me toucher sans son consentement. Ca m’avait fait sourire très stupidement : j’étais à lui. Tout le monde le savait à présent. Je ne lui appartenais pas comme je le souhaiterai, après tout, je n’étais qu’un objet et encore, mais à ses yeux, je savais que c’était différent. Donc... Ils avaient été renvoyé et Chloe s’était avéré être une jeune femme intéressante. Je ne l’aimais toujours pas, mais j’avais arrêté de la voir comme une ennemie quand j’avais surpris Achille repousser ses avances. Elle était intelligente, forte et bien plus agile que la plupart des hommes. Elle était rapide aussi et ses techniques de combats étaient différentes. Elle m’avait dit qu’une femme ne pouvait que rarement battre un homme sur le plan physique : ils avaient l’avantage de la force. Il était donc toujours important de bien visualiser les points faibles, retourner les avantages des autres contre eux. Ses cours étaient amusants.
 
Elle me disait aussi qu’une femme pouvait jouer sur son charme, séduire, et que les hommes, bien que pouvant faire pareil, n’y avaient que rarement recours : question de fierté. Elle avait tenté de m’instruire là-dessus avant de me dire sans espoir. Selon elle, la subtilité n’avait pas la moindre place chez moi. Ou très peu. Ca avait son charme, qu’elle disait. Et tout n’était pas perdu : je n’étais pas laid. Chloe était différente des autres : comme Achille, elle m’avait laissé le bénéfice du doute et avait vu au-delà de mon hybridation. Elle savait que c’était difficile pour quelqu’un de mon espèce tout comme je savais qu’une femme dans un milieu d’homme n’était pas forcément facile. C’était aussi quelque chose que je ne comprenais pas. Pourquoi emmerder une femelle ? Globalement, elles sont meilleures que nous ! Plus rapides, plus vives, capables de sauver toute une progéniture en temps de disette, capable de se laisser dévorer juste pour protéger les siens, voire de défaire toute une meute pour la même raison. Lui dire ça l’avait fait rire.
 
- Tu comptes le bouder encore longtemps ?
- Je réfléchis.
- Oh, vraiment ? Tu as l’air de le fuir.
- J’essaye de trouver un moyen de lui dire que je suis grand.
- Tu devrais aller le voir. Il a été rapatrié. Ca fait deux jours qu’il est à l’infirmerie. Te comporter en adulte en prenant de ses nouvelles serait une belle preuve.
 
Je fronçai les sourcils, l’inquiétude mangeant mon cœur. Je savais qu’il était rentré. Normalement, le déploiement durait plus longtemps, mais sa blessure à la jambe était grave, et les soins médicaux étaient meilleurs ici. Il avait aussi besoin de repos alors... Alors un rapatriement était forcément le signe d’une blessure grave, et j’avais peur de voir son état. Je ne manquais jamais de courage, mais Chloe avait raison : je fuyais la vérité. Je n’avais pas été là pour lui.
 
- Comment va-t-il ?
- Va prendre de ses nouvelles.
 
Je fis une grimace et laissai quelques secondes s’écouler avant de descendre de mon perchoir. Chloe m’offrit un sourire d’encouragement et je partis en direction de l’infirmerie. Personne ne tenta de m’arrêter, principalement parce que tout le monde me connaissait et savait que si je voulais le voir, on ne m’arrêterait pas. Il était seul dans la pièce, du moins le seul malade, et apparemment, il dormait. Désireux de nous offrir un peu d’intimité, je tirai les rideaux hideux. Et je restai debout à regarder son corps inerte et pâle. Il avait l’air vieux. Vieux et malade. Faible aussi. Je n’aimais pas ça. Achille était fort, il ne pliait pas devant les blessures, il... J’avais la sensation d’étouffer, un peu comme si la mort elle-même s’insinuait dans mes poumons.
 
Je pris mon courage à deux mains, mordit fermement mon angoisse pour mieux la déchiqueter et m’assis.
Agis en adulte.
Je pris sa main dans la mienne et la gardai là.
 
Je ne m’endormis à aucun moment. Je veillais, littéralement, sur son sommeil. Je guettais chacune de ses respirations et me sentais chaque fois un peu plus serein lorsque sa poitrine se levait et s’abaissait. Au bout d’un moment, sa température augmenta, sa respiration se fit un peu plus irrégulière et il se réveilla.
 
- Tu es venu, champion.
- Comment tu te sens ?
- Je survivrai. Les médecins préconisent du repos, alors ménage-moi.
 
Je pinçai les lèvres alors qu’il essayait de faire de l’humour. En d’autres circonstances, j’aurais sans doute répondu, taquiné, mais là... Je n’en avais pas le cœur. Il dû le sentir parce qu’il prit le parti de serrer ma main dans la sienne, comme si c’était à moi d’être consolé ou rassuré. Je soupirai, fermant les yeux alors que mon corps se courbait. Mon front toucha nos mains, mon visage refusant de se laisser voir. Hors de question qu’il voit l’échec de ma tentative de maturité. Mes larmes étaient déjà bien suffisantes.
 
- Alex...
- Tais-toi. J’ai cru que... Si j’avais été là, tu n’aurais pas été blessé. J’aurais pu te protéger, c’est à ça que je sers.
- Lexy, regarde-moi. Regarde-moi.
 
J’obéis à contrecœur, ne grimaçant même pas lorsqu’il jugea nécessaire de passer son pouce et un morceau de draps pour essuyer mon visage.
 
- Une zone de conflit est différente d’un entraînement. Tu aurais pu m’aider oui, mais tu aurais aussi pu mourir. Ou j’aurais pu être distrait, trop occupé à veiller sur toi, et ça aurait pu me tuer.
- Je n’ai pas besoin qu’on veille sur moi.
- C’est humain Lexy. Je ne veux pas qu’il t’arrive quelque chose, je pensais que tu l’avais compris.
- Parce que je suis comme ton fils ? Je ne veux pas être ton fils.
- Alex...
 
Je n’avais pas envie de parler. Tout ça me semblait dangereux. Ce n’était pas une situation propices aux mots, pas quand il souffrait et sentait la vieille maladie, pas que je ressentais l’urgence. Urgence de quoi, je ne pas... Je ne voulais pas être son fils, je ne m’étais jamais considéré comme tel. Peut-être avais-je voulu lui ressembler, mais c’était rapidement passé : jamais je ne serais comme lui, et c’était aussi bien. J’ai voulu le rendre fier, puis je me suis dit que me rendre fier serait-déjà bien. Maintenant tout ce que je voulais, c’était qu’il comprenne que je n’étais plus un enfant et que je comprenais des choses normales pour un homme de mon âge. Que je ne racontais pas n’importe quoi et qu’il devait le comprendre. J’avais conscience qu’il était mortel, comme moi, que le temps ferait son œuvre et que si ça ne me dérangeait pas, je refusais pour autant qu’il nous sépare. Les choses changeaient, parfois pour le pire, parfois pour le meilleur. Il y avait des tas de gens ici, des femmes, des hommes, des jeunes et des moins jeunes, et personne ne m’avait jamais réellement intéressé. Achille pensais que je n’avais aucune expérience ? Sans doute pas autant que j’aurais pu en avoir en étant pleinement humain, mais dans ce campement se trouvait des gens qui voulaient explorer de nouveaux horizons et même si j’appartenais à Achille, il ne s’agissait pas de quelque chose de mauvais ou douloureux – pas vraiment. – Je savais ce que je voulais. Je l’avais toujours su et je n’étais certainement plus « trop jeune » pour ce genre de chose.
 
Je me redressai donc, et écrasai mes lèvres sur les siennes. Je n’étais pas subtile, je ne l’avais jamais été. Je n’étais pas romantique : ça ne servait à rien. Par contre, je lui étais loyal. Je n’avais jamais voulu l’être, mais c’était comme ça. Je voulais le protéger, je voulais le préserver, et plus que tout le reste, je le voulais lui. Le reste m’importait peu. Je savais que je m’exposais plus que de raison, que pour beaucoup, ça serait... contre nature. Ce qui me ferait rire, parce que la nature se moque parfaitement de l’âge. Et même du sexe du compagnon. Ses lèvres étaient sèches, gercées. Elles avaient un léger goût métallique, celui caractéristique du sang. Je ne décelais pas grand-chose d’autre, et je n’essayais même pas de comparer. En fait j’étais en train de sourire de plus en plus, particulièrement heureux de mon effet. Lorsque je me retirai, c’était pour mieux asséner le coup fatal.
 
- C’est toi que j’aime.
- As-tu la moindre idée de ce que tu fais ?
- Je ne t’ai pas attendu pour ce genre de leçon.
- Tu as encore de sacrés progrès à faire.
- Tu te proposes ?
 
Le silence s’installa, et une personne extérieure pourrait dire que la gravité de la situation refaisait surface. Sauf que je ne vois pas vraiment ce qu’il y avait de grave dans ce que j’avais fait. Par contre, je ne savais pas vraiment ce que je pourrais faire s’il me repoussait. Cela ne m’avait même pas traversé l’esprit. Si ça arrivait... Et bien, je n’allais pas abandonner.
 
- Nous en rediscuterons. En attendant... Viens, j’ai froid.
 
Ce n’était pas un rejet, pas un non. Un peut-être qui me faisait sourire et je grimpai sur le lit, acceptant son invitation, me lovant contre lui en veillant à ne pas appuyer sur ses blessures ou à le déranger. Tandis qu’il refermait son bras sur mon corps et tournait son visage dans mes cheveux, je me lovai possessivement contre lui. A moi.

 


  
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26 ans, enfin diplômée en cinéma, je suis normalement très présente. Normalement parce que bon, la vie est comme elle est ! J’ai tendance à répondre rapidement, et j’aime que les choses avancent, l’évolution des perso et leurs relations à long terme. Je connaissais déjà le forum – je crois que ça fait plus de 5 ans... mais je peux me tromper – et je me suis dit : allez, reviens, tu vas mieux, tu veux écrire ! Donc me revoilà ♥️
Alexandros Archeron

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MessageSujet: Re: Alexandros Archeron /!\ violence, relation avec écart d'âge Alexandros Archeron  /!\ violence, relation avec écart d'âge EmptyMer 23 Jan 2019 - 15:16


 




*_*_*_*_*
 

- Tu ne parles jamais de ta vie d’avant. 

Je suis couché aux côtés d’Achille, la tête confortablement callée dans le creux de son épaule tandis que sa main caresse une cicatrice à mon flanc. Achille m’avait déjà vu nu, que ça soit dans mon enfance, lorsqu’il s’agissait de me faire prendre un bain ou de me soigner. Cela ne l’avait pas empêché d’embrasser mes plaies la première fois que nous avions couché ensemble, ni les fois suivante. J’ignorais ce qu’il cherchait à faire, je ne voyais aucune fascination morbide dans ses gestes, ni une tentative bizarre de me les faire oublier ou de les effacer. Cette nuit avait été encore différente. Cela n’avait rien à voir avec le fait que ça avait – j’avais – été sauvage... J’aimais mettre de l’énergie dans nos échanges, Achille était plus enclin à temporiser les choses et désirer y mettre de la douceur. Ca finissait souvent dans la douceur, d’ailleurs. Je n’étais pas en sucre et lorsque je le lui avais dit, il avait simplement répliqué qu’il « ne me baisais pas, mais me faisais l’amour. » La différence devait être importante, mais je ne l’avais pas particulièrement comprise. Ce que je savais, c’est que c’était toujours bon avec lui. Peu importait la position, le temps ou l’énergie, c’était toujours délicieux. Cette nuit donc, il avait semblé soucieux de mes cicatrices. Ce qui n’avait jamais semblé le déranger semblait soudainement prendre son importance.

- Je n’avais pas de vie avant toi. Je n’existais pas, je n’étais personne. Les gens qui me possédaient utilisaient les hybrides pour en faire des armes.
- Comme nous le faisant dans l’armée ? [/size]
- Non. J’ai vu ce que vous leur faisiez. C’est violent et cruel, mais ils survivent. Ils deviennent des soldats... Potables. Ils nous entraînaient à ne plus rien ressentir, ni peine, ni chagrin, ni amour.  

Je savais qu’il savait. Il m’avait trouvé cette nuit là, enfermé dans un piège me broyant la jambe, aux prises avec une meute de loups, ne renonçant pas, dressé sur mes pattes alors que les dents acérées me grattaient les os, me labouraient les chairs. La douleur était là. C’était absurde de le nier : on continuait de souffrir, mais nous apprenions simplement à passer au-dessus. Nous n’étions rien, notre vie ne nous appartenait pas, nos cris n’étaient pas à nous, notre voix leur était donnée, tout comme nos choix. Nous ne respirions que pour eux. Lorsqu’ils nous réveillaient au milieu de la nuit, nous savions ce que cela signifiait. Lorsque la petite lueur rouge s’allumait, nous savions ce que nous devions faire : tuer. Déchirer. Le dortoir se transformait alors en gigantesque arène et nous nous battions jusqu’à ce que la lumière vire au vert. Si l’un de nous avait le malheur de continuer, il était emporté et... Et je sais ce qu’on leur faisait parce que j’avais souvent été emporté. Ce n’était pas seulement des coups de fouets jusqu’à ce que la chair éclate tel un fruit trop mûr. Ce n’était pas seulement des noyades, des asphyxies, des ongles arrachés. Tout cela était si simple. C’était aussi de la privation de sommeil. C’était l’enfermement dans une pièce où rien ne filtrait. C’était des pièces où la myriade de couleurs côtoyait le bruit infernal qui rend lentement fou. C’était la privation de nourriture, c’était... Beaucoup de choses, en vérité, et toutes les lui expliquer serait une perte de temps. 

- Comment t’en es-tu sorti ?

Je ne l’avais jamais dit. Il ne me l’avait jamais demandé non plus. Je fronçai les sourcils, me tournant vers lui, cherchant dans son visage une réponse à toutes ses questions. Pourquoi maintenant et si soudainement ? C’était réellement contre-productif. S’il avait assez d’énergie pour parler et rester éveillé, alors nous pouvions tout aussi bien reprendre là où nous en étions. Ma main se fit donc baladeuse, caressant son mollet, remontant sur son genou et grattant doucement sa cuisse. Mon sourire se fit taquin, prédateur, puis rapidement ravi en entendant son soupire. Oh, ce n’était encore rien mais... Mais il attrapa ma main avant que je ne puisse arriver au point central de tout ceci. Pas drôle. 

- Je ne sais plus trop. Me regarde pas comme ça, ça fait presque dix ans ! Ils m’ont enchaîné, comme d’habitude. Je me suis brisé les pouces, et j’ai attendu dans le noir. Après... Bah, du sang, des cris et un animal en liberté.

C’était presque ça. Je n’aimais pas particulièrement mentir à Achille, mais je n’avais aucune réponse satisfaisante à lui fournir parce que... Parce que plus le temps passait et plus j’avais l’impression qu’ils m’avaient juste laissé partir, ce qui était totalement absurde. L’autre explication logique était qu’ils pensaient me contrôler, tant et si bien qu’ils avaient baissé leur garde. Pourquoi ne pas tenter de me rattraper ensuite ? J’avais été chassé durant un temps, et j’avais arraché la puce qu’ils m’avaient implanté dans la nuque... Ca n’avait pas été une partie de plaisir, mais pourtant, je continuais encore aujourd’hui, à trouver tout cela beaucoup trop simple.

- Tu pourrais tout aussi bien me dire la vérité tu sais.
- Qui te dit que je mens ?
- Tu as un petit pli au coin des yeux.
- C’est totalement faux.
- Alors je te connais. Tu n’es pas obligé de me le dire.
- Je sais pas. J’ai juste... il y avait une opportunité, j’ai cru que c’était un test, je pensais que j’allais me faire attrapé et puni pour ça, mais non. Ils l’avaient déjà fait : faire semblant de laisser partir des gens, pour mieux les briser. 

Achille savait que je parlais littéralement. Ils rattrapaient les fuyards et faisaient d’eux un exemple. Parfois, lorsque la recrue était trop faible ou trop amochée, qu’ils pensaient qu’elle était inutile, ils la brûlaient vive devant nous, et la coure empestait alors le cochon brûlé. Tous ceux qui détournaient la tête étaient alors marqués au fer. Parfois ils leur brisaient les os. Parfois ils les accrochaient à un poteau et les laissaient à la merci des éléments et des animaux. Il n’y avait pas de limite à ce qu’ils pouvaient faire et je pensais honnêtement avoir eu tous les os brisés, tout vécu, mis à part le viol. Ce n’était pas nécessaire. Je tentai d’expliquer ce qu’ils pouvaient faire : couper, déchirer, obliger à regarder. Briser, obliger à ramper, supplier. J’avais été un très mauvais élève, où le meilleur, dépendant du point de vue. J’avais rapidement montré un don en ce qui concernait la chasse, le meurtre. Je ne ressentais rien, sauf peut-être de la colère. J’étais une boule de haine envers tout le monde, sans distinction. Je n’avais jamais reçu le moindre signe de bonté ou de compassion, j’ignorais même ce que cela pouvait vouloir dire jusqu’à ce que je le rencontre et... Et c’était peut-être pourquoi cette relation pouvait sembler viciée : je m’accrochais à ce qui aurait dû être normal. Je n’aimais pas penser ainsi.

Je n’aimais pas en parler non plus. Pas quand nous étions nus dans un lit et que nous pouvions faire quelque chose d’infiniment plus agréable. Je grimpai sur lui, mes jambes de part et d’autre de son corps. Achille avait quelque chose comme quinze ans de plus que moi, et pourtant, son corps restait ferme, entretenu. Il avait de toutes petites rides parfaitement adorables au coin des yeux, et on aurait dit de minuscules pattes d’oie. Son sourire, dans une telle situation, était à la fois amusé et joueur. Calme et attentif, il me laissait conduire, en apparence. Il ramena mon poignet à ses lèvres, embrassant la chair tendre. Sa langue pointa et remonta dans ma paume, et fasciné je le vis prendre une de mes phalanges dans sa bouche.

- Tu triches... 

Mon frisson en dit long, tout comme ma voix qui était sortie basse et ronronnante. Son rire raisonna et je décidai que c’était quand même une chose que j’aimais chez lui. En fait, j’aimais tout chez lui. La suite se passa plus ou moins de la même manière qu’en début de soirée : lui me laissant jouer un instant avant de reprendre le contrôle et une séance de câlins profonds, tantôt lents, tantôt rapides, mais surtout avec beaucoup de soupirs, de cris et de halètements. J’ai pas honte d’être bruyant avec lui, je sais qu’il aime ça.

*_*_*_*_* 

On est de sortie. C’est notre première sortie depuis que nous sommes ensemble. Ensemble depuis le début je veux dire, donc... Depuis près de neuf ans. J’avais bien sûr déjà quitté le campement, j’étais allé en forêt, nous avions chassés ensembles, et il avait accepté que je le suive durant un déploiement. Il avait rempli la paperasse et j’étais parti avec lui et d’autres soldats dans une contrée don le nom ne refaisait pas surface. C’est-à-dire que je n’en avais rien à faire : je me moquais d’où j’allais, trop excité à l’idée de l’accompagner vers un endroit dangereux. Il s’avéra que se fut plus ennuyant qu’autre chose. Je fus légèrement blessé, et fort heureusement Achille ne décida pas soudainement que c’était trop dangereux pour moi. Au contraire, je crois qu’il était plutôt fier de voir comment je me débrouillais sur le terrain. J’obéissais sagement à ses directives, j’étais silencieux et efficace. 

Nous avions donc le droit à quelques jours, une permission comme il disait, et par conséquent, il avait décidé de m’emmener en ville. Je savais à quoi ressemblait la ville, pas celle-ci en particulier, mais toutes les villes finissaient par se ressembler. Si je devais être honnête, j’étais fasciné par ce que je voyais, les odeurs que je pouvais respirer... Il y avait des humains, des hybrides, des enfants et des adultes, de la nourriture et des images qui défilaient sur d’immenses panneaux. J’arrivais presque à oublier la tension que je ressentais dans la main que je tenais. Achille n’était pas à l’aise. 

[size=15]Probablement parce que tous les hybrides ou presque, étaient distinguables par un collier ou un bracelet. Peut-être parce que nous étions passés devant au moins trois boutiques qui vantaient les mérites de posséder un animal de compagnie. Peut-être que la misère et la détresse de ces êtres le touchait. En tout cas, ça le touchait plus que moi. Ce n’était pas une raison pour ruiner cette journée, et j’étais bien décidé à lui changer les idées et de faire de cette journée un moment inoubliable. 

Ca aurait été bien plus simple si les gens m’y aidaient. Après notre repas dans un petit restaurant calme, Achille avait décréter que mon manque cruel de connaissance dans la cinématographie était impardonnable. Tout comme le fait que je n’avais jamais mis les pieds dans une telle salle. Il avait rapidement consulté les horaires sur son téléphone puis nous nous étions mis en route. Il souriait à nouveau, et s’il était conscient des regards qu’on nous jetait furtivement, il eu le bon goût de ne pas s’y arrêter. Non, vraiment, tout se déroulait pour le mieux jusqu’à ce qu’on nous dise que les hybrides n’étaient pas accepté dans le bâtiment, du moins, pas sans papier, laisse et dispositions suivant la dangerosité de l’animal en question. Sur qu’un écureuil est moins impressionnant qu’un grizzly. Ou un léopard. 

- Vous avez peur que je pisse sur votre moquette ? Ou que je fasse mes griffes sur vos rideaux ?

Je fronçai les sourcils, agacé. J’avais pourtant eu hâte de découvrir ce qu’Achille semblait adorer. Pourtant, vu le bleu de ses yeux qui s’assombrissait, j’étais positivement certain qu’il se contenait à grande peine. S’il pouvait essayer de m’aider dans le campement, ici, il devait se plier aux lois, aussi idiotes soient-elles. La dame de l’accueil semblait calme... Mais son odeur m’apprenait qu’elle n’aimait clairement pas ma présence et qu’elle était mal à l’aise. Elle ne cessait de répéter que c’était le règlement et qu’il fallait s’y plier. Que les hybrides étaient dangereux. Ah oui, là-dessus, je ne pouvais clairement pas lui donner tort : on entendait de plus en plus souvent des drames concernant des humains retrouvés morts ou gravement blessés à cause d’hybrides. Achille m’avait également parlé d’une section entière d’hybride qui s’était soulevée. Ils avaient été repoussés et ça avait été un véritable massacre selon ses dires. Il avait été particulièrement soulagé que je n’en fasse pas partie. Ca grondait de partout et la seule solution que le gouvernement trouvait était de réprimer plus durement encore l’espèce qui tentait lentement de se soulever. Mon avis ? Et bien là j’étais emmerdé : je voulais aller voir un film.

- Partons, Lexy.

Je ne le suivis que pour une seule raison : il avait toujours son bras autour de moi et je n’avais pas envie que la femme puisse penser que nous nous disputions. Ce qui arriva forcément dès qu’on fut sorti. Parce qu’honnêtement, il avait donné ses couilles à bouffer au chien du voisin ? Il consacrait sa vie à défendre et protéger ce genre de personne ? Quel était l’intérêt ? Pourquoi continuer quand personne ne lui témoignait le respect qui lui était dû ? Je savais ce qu’il répondrait, ça ne loupa pas : j’eu droit à une autre leçon comme quoi on ne défendait pas les autres par intérêt, mais par vocation. Qu’aller à l’encontre des règles n’était pas toujours profitable, encore moins dans un climat de tension et blablabla. En attendant, nous avions été chassés du cinéma et je n’avais pas mon film.

Les vacances ne furent pas décevantes. Achille préféra ne pas s’attarder sur cet échec et on alla visiter d’autres endroits, comme la montagne et la mer. Il investit aussi dans un projecteur portatif et on put se faire le cinéma à la maison. Il avait tout prévu, que ça soit le pop-corn, les boissons, les canapés confortables. Je pense sincèrement que ces quelques jours furent les meilleurs, même si nous n’avions jamais chassés et que c’était probablement trop tranquille à mon goût. On passa beaucoup de temps au lit aussi, à discuter, et à coucher. J’appris par exemple qu’Achille cuisinait... Enfin, disons qu’il avait les bases de survie, et qu’il arrivait à faire des miracles avec une bonne recette. Ma tête le premier soir l’avait presque vexé. J’avais éclaté de rire, fait honneur à son plat tout à fait mangeable – j’avais connu bien pire – et m’étais fait pardonné avec une nuit particulièrement chaude. Oui, on couchait beaucoup ensemble, ce n’est pas non plus ma faute s’il avait un beau corps.

Et après lui, il n’y a rien


On meurt tous un jour.
Je savais que la mort faisait partie intégrante de ma vie. Je n’avais jamais particulièrement pensé à ça, sauf peut-être le jour où Achille avait été rapatrié. Je n’avais pas peur de mourir, pas plus qu’Achille. Par contre, j’étais terrorisé qu’il lui arrive quelque chose. Il avait raison : une zone de conflit était différente d’un entrainement. Seul, je n’aurais pas eu de problème, ma vie n’ayant de sens qu’en étant à ses côté ou en tuant. C’était pour ça que j’étais né, pour ça que j’avais été entraîné... Achille était un bon commandant, il savait les risques en faisant ce qu’il faisait et bien que tout ceci soit sa vie, je me rendais compte que je ne voulais pas de ça pour lui. S’il lui arrivait quoi que se soit... Je plantai violemment mon couteau dans le sol meuble, grondant sourdement. Nous étions dans un bâtiment, à l’abri de la révolte. En France. Je ne parlais pas français, pas plus qu’Achille – enfin, seulement quelques mots pour sa part – et nous avions été envoyés en renfort pour aider à mater l’insurrection Hybride. Comme si la même chose n’allait pas se passer chez nous. Non, il fallait aller remuer la merde chez les autres, et risquer nos peaux pour des gens qui n’avaient jamais rien fait pour nous. Des gens qui, quand ils me voyaient, avaient peur. Demandaient à ce que je sois écarté, attaché. Des ignorants.

Une main ferme se posa sur ma nuque et je pliai légèrement avant de chasser la main. Achille soupira, et fit un geste en direction du reste du groupe. Nous étions une dizaine, le reste de l’escouade ayant été envoyée dans d’autres secteurs pour tenter de juguler la révolte. Un bruit violent se fit en hauteur, et les gens que nous veillions sursautèrent. L’odeur de la peur était partout, c’était infect. J’avais l’impression de me trouver au milieu d’une bande de brebis prêtes à se faire dévorer. Tout cela était ridicule.

- Qu’est-ce qui ne va pas ?
- Rien.
- Alexandros.
- Va te faire foutre.

Je m’éloigne pour de bon, mordant l’intérieur de ma joue pour m’empêcher de parler. Je voulais partir et entraîner Achille loin d’ici. Seul un abruti ne verrait pas l’issue de ce combat : les hybrides étaient plus nombreux et mieux adaptés aux combats. Ils avaient les armes des animaux et l’intelligence des humains. On s’emmerdait à vouloir les sauver, alors qu’il vaudrait mieux les laisser crever et nous carapater. Je le sens dans chaque fibre de mon corps, tout ça va très mal se terminer. Je sens le danger hérisser mes poils, la tension met mes nerfs à vif et je veux faire quelque chose, comme faire entendre raison à mon crétin de compagnon. Malheureusement, il n’en démordra pas : il sauvera ces gens, il terminera sa mission ou mourra en essayant. Je caressai l’idée de l’assommer et de l’emmener sans son consentement. Il ne serait pas content, on se disputerait probablement violemment avant de se réconcilier dans un lit. C’est un bon plan. Le seul que j’ai, en fait.

C’est là que je sens une chose s’accrocher à ma jambe, une chose qui doit pas faire plus de soixante centimètres et qui est tout blond. Un truc fille-enfant. Je relevai les yeux vers Achille qui ne m’a apparemment pas lâché des yeux. Bon. Je vais pas pouvoir l’éjecter comme si elle n’était qu’un truc collant et puant.

- Qu’est-ce que tu veux, microbe ?
- Mon frère a dit que tu allais me manger si je ne suis pas sage. C’est vrai ?
[color=#597470]- C’est absurde, t’as la peau sur les os.

La mère s’empresse de récupérer son enfant alors que cette dernière semble persuadé que non je n’allais pas la manger – c’était vrai, elle n’était pas appétissante – mais qu’en plus, j’avais fait une blague – c’était moins vrai.- Les choses n’allèrent ensuite pas en s’améliorant. On parvint à exfiltrer le groupe d’humains, mais il y avait encore tant à faire que tout cela semblait... perdu d’avance. Achille le savait, tout le monde le savait, et cela me mettait toujours autant sur les nerfs. Il était encore temps de se ranger aux côtés des vainqueurs, de montrer que nous avions bon fond, ou une connerie du genre, malheureusement, Achille n’était pas de cet avis. Pour résumer l’affaire, la guerre fut effectivement perdue. Achille aurait dû être emporté, et moi devenir l’un des maître de cette ville, mais il était hors de question que je laisse mon compagnon. Avec les quelques rares restants de notre groupe, on forma un petit noyau de résistance. Ce n’était pas facile, mais nous étions tous habitués à la vie difficile et au manque de confort. Le temps passant, ma relation avec Achille pu se stabiliser, même si je lui tenais encore rigueur de toute cette merde, même s’il n’était pas responsable. On dû apprendre le français, ce qui était somme toute assez utile pour la vie de tous les jours en France. On parvint à faire quelques coups aussi, comme libérer des convois d’humains, mais globalement, ce n’était pas toujours facile.

Lorsqu’on pu rejoindre le vrai noyau de la résistance, la rébellion ou je ne sais son nom, on le fit. Enfin, Achille le fit et je le suivis. Je n’étais pas le seul hybride dans ce joli lot de tarés, mais ils n’étaient globalement pas les plus nombreux. Majoritairement, les Révoltés cherchaient une égalité entres les espèces... Ou a se venger. En fait, les différences poussaient souvent les gens dans des conversations animées que je finissais immanquablement par lâcher. La verdure me manquait, la Grèce me manquait, et même si elle avait également finie par tomber dans l’insurrection et que je m’en moquais, je préférais attendre et me battre pour eux que pour des gens qui ne parlaient même pas la même langue que moi.

Ce qui devait arriver arriva enfin. J’aurais préféré que cela ne reste qu’une discussion aboutissant à une dispute et une nouvelle discussion à cœur ouvert mais... Mais il y a toujours des morts dans une guerre, toujours des dommages collatéraux. Cela se passa sous la forme d’une nouvelle mission de sauvetage, qui apparemment avait été... espionnée ? En tout cas tout cela n’avait été qu’un piège et malgré l’entraînement et notre savoir faire, on ne pu pas grand-chose face à l’inévitable. Achille m’avait interdit de tuer, ce qui était absurde, sincèrement. D’après lui, il ne fallait avoir recours à ce genre de chose qu’en dernière limite. Vu que les hybrides préféraient nous garder en vie, nous pouvions et devions leur renvoyer la politesse. Tous les hybrides n’avaient pas la même délicatesse.

J’étais devenu fou.
Littéralement.

Quand j’ai vu le corps d’Achille s’effondrer et rester au sol, le sang se répandant en une flaque macabre et odorante, j’avais perdu le contrôle. Enragé, j’avais fais fi de tous les opposants ou des blessures que je pouvais donner ou recevoir. Devenu animal sans même m’en rendre compte, tout ce qui importait était d’entraîner le corps à l’abri et de le veiller et le sauver. Je m’étais donc trouvé les pattes de part et d’autres du corps inanimé, à grogner et siffler contre tout ce qui s’approchait, comprenant trop vite que je ne pouvais strictement rien faire. Le point positif, c’est qu’Achille n’était pas là pour me dire de fuir. C’était évidemment hors de question, et quitte à mourir, je ne voyais pas de meilleure façon d’y rester qu’en le protégeant.

Je fus rapidement submergé, mais même ainsi, mais seul souci était de rester avec lui. Quand je fus emporté loin de lui, ils durent m’assommer, histoire de me calmer. Mon statut, et le fait que j’accompagnais un humain, laissa planer le doute durant un temps. Pas longtemps. C’était juste une preuve de politesse, mais j’étais assez connu – du moins les fois où j’avais été vu – pour appartenir à la rébellion. Je fus donc interrogé et se fut délicat, car même si je parlais plus ou moins français... ça restait laborieux. Je savais dire le plus important : « allez vous faire foutre » et « Où est Achille ? » Au bout d’un moment, ils me dirent que tous ceux avec moi étaient morts. J’étais le seul vivant simplement parce que j’étais un hybride. Je ne les cru pas. Pas parce que je doutai deux, mais simplement parce que je ne voulais pas les croire. Je fus jugé pour trahison, ce qui était toujours absurde parce que bon... Je ne leur devais rien. Le fait de m’être battu et ne pas avoir coopéré et ne pas adhérer à leur cause ne devait pas plaider en ma faveur.

Ensuite... Et bien cela ressembla assez fort à quelque chose de déjà connu et vécu : séance de redressement et de dressage. Que ça soit pour enfin m’apprendre le respect envers les autres ou pour me faire comprendre que les humains nous étaient inférieurs. C’était beaucoup de privation, beaucoup d’insultes aussi, mais l’humiliation constante ne me tirait que des rires et lus de bravades encore. L’isolement ne me posait pas trop de soucis, j’étais naturellement un animal solitaire. La douleur ne m’effrayait pas plus que ça, et ils l’avaient compris à force de compter les cicatrices sur mon corps. Mon calme, au bout d’un moment, ne fut ni par ennui ni parce qu’ils m’avaient brisé, mais parce que j’avais enfin pu mettre sur pied un début de plan pour me venger et au moins retrouver le corps d’Achille. Après des testes, de nombreux tests souvent bien ennuyant et dégradant, je pus être mis en vente. Le hasard voulu que la femme qui m’adopta était également la maîtresse de Chloe. J’étais... Bizarrement heureux de savoir qu’elle était vivante, et pas seulement parce que cela signifiait qu’on m’avait menti. J’aimais bien Chloe, finalement. On se mit rapidement d’accord – en en secret – pour ne pas révéler que nous nous connaissions. Pour diverses raisons, cela nous semblait être la meilleure solution.

Miss Découverte – c’était le seul surnom qui n’était pas péjoratif que j’avais pu lui trouver – avait, semble-t-il, un âge approchant du mien, voire peut-être un peu plus jeune. Il apparaissait que sa vie n’avait, comme tous les hybrides ou presque, pas été totalement rose. C’était une expression franchement étrange, mais je n’étais pas assez ingrat que pour voir les efforts qu’elle faisait avec nous. Cette petite créature était gentille. Et naïve. Elle me donnait l’impression d’avoir été gardée à l’abri de tout, dans une jolie petite cage dorée. Elle ne portait pas de marques, pas de cicatrices, mais il suffisait de voir comment elle s’arrêtait en plein milieu d’une action pour se rendre compte qu’on avait dû la frapper un peu trop fort sur la caboche. Le pire était probablement son odeur. Pourquoi une proie adoptait-elle un prédateur ? Espérait-elle que je la chasse ? Ca ne finirait certainement pas comme elle l’imaginait. Cannibale ? Qu’on se le dise, manger un lapin ne me posait pas de problème, cru, cuit, c’était pareil. Que le lapin soit en vérité un hybride ne changeait strictement rien, c’était un animal lorsqu’il se faisait bouffer. Mangerais-je de l’humain ? Et bien... Ca pourrait être faisable, si j’avais la dalle. C’était de la viande ! de la viande différente, mais de la viande quand même. Alice – la femme biche, on ne pouvait pas faire plus cliché – essaya de nous sociabilisé, en nous montrant que nous avions de la chance et j’en passe. Elle tenta de nous emmener au cinéma et si Chloe s’en trouva heureuse, je refusai net. J’avoue avoir été particulièrement odieux cette fois-là, mais c’était au-dessus de mes forces. Je n’avais aucune envie de partager ça avec une personne que je ne connaissais pas vraiment, et une simple amie. Pas quand ce moment aurait dû appartenir à quelqu’un d’autre.

Alice chercha un moyen de me punir. Elle répugnait à utiliser la violence, et ça n’aurait servit à rien. Vu mon goût pour les sorties, elle émit l’hypothèse de m’en priver. Chloe lui apporta la meilleure des punitions, aussi ridicule qu’absurde et dégoûtante : me forcer à ne manger que des fruits et légumes pendant toute une semaine. Dit comme ça, ça peut paraître drôle, mais Chloe savait que si je les mangeais sans trop rechigner, je préférais toujours m’attaquer à de la bonne viande.

La vie était simple, et les semaines, puis les mois passèrent. Avec le temps, MissD nous fit confiance, assez pour nous autoriser à sortir sans surveillance. Je ne sais pas si c’était de la débilité ou si la fille pensait sincèrement que nous étions attachés à elle. Chloe l’appréciait, je crois, mais elle pensait également que retrouver sa pleine et entière liberté, et retourner en Grèce était une priorité. On commença donc mon plan. Le début en tout cas fonctionnait : être acheté, et gagner la confiance en étant aussi sage que possible. La suite était principalement de trouver des informations sur tout ce qui avait pu arriver ce jour-là. C’était lent, si lent que ça finissait par entamer ma patience déjà pas bien grande. Alice m’énervait de plus en plus souvent, et ça n’avait rien à voir avec le fait qu’elle avait décidé de m’initier aux plaisirs féminins. Quand Chloe l’avait appris, elle n’avait tout d’abord rien dit. Quand ça s’est poursuivit et qu’elle n’avait remarqué aucun changement dans mon comportement envers la jeune femme, elle était venue me parler, comme si elle devait jouer le rôle d’Achille et me donner des leçons.

Cela se résumait en quelque chose comme « il y a une différence entre avoir un corps qui réagit naturellement et aimer ça. » Et vu que je ne comprenais vraiment pas la différence, elle avait fini par me demander de trouver par moi-même ce qu’il y avait de différent entre Achille et Alice. La relation. Parce qu’encore une fois, alors que j’allais parler des différences parfaitement visibles, elle avait précisé. Je ne voyais toujours pas le problème quand la réponse attendue par Chloe fut « je n’aime pas. » Alice était un peu plus collante, mais à part ça... Elle s’intéressait à mes journées quand elle ne me voyait pas, cherchait à me faire plaisir des manières les plus sottes qui soient.

Chloe voyait tout cela de l’extérieur et... sérieusement, tout cela était vraiment absurde. Elle me demanda si je ressentais quelque chose pour Alice – réponse évidente – et dans tous les cas, de le dire à la jeune fille. Elle ne nous avait jamais rien fait et d’ailleurs, n’était responsable en rien de notre situation. Je ne sais pas ce que Chloe attendait comme réaction, mais probablement pas celle qui survint. J’avais pourtant été le plus calme et gentil possible, essayant de me mettre à sa place. J’aurais sans doute été vexé si Achille m’avait rejeté alors... Alors il n’y avait aucun moyen pour que le « je ne partage pas ta passion » soit une réponse convenable. Chloe avait vu juste : la biche en pinçait pour moi. Elle prit des mesures radicales, à savoir me remettre à la fourrière. Elle préférait tourner la page et ça serait bien plus simple si je n’étais pas continuellement devant ses yeux.

Ca m’emmerdait pas mal pour la suite : je voulais aussi faire partir Chloe. J’étais parvenu à trouver des passeurs hybrides, et malgré un certain prix qu’il aurait fallu trouver, j’aurais pu faire partir mon amie. La remise en vente s’annonçait donc comme un nouvel obstacle.

Mon second « maître » ne me garda pas assez longtemps pour que je puisse réellement en parler. Je n’aie littéralement aucun avis sur ce gars et la raison pour laquelle il me laissa est probablement parce qu’il devait d’abord apprendre à gérer ses propres problèmes avant d’accueillir un gars comme moi. Même si j’étais techniquement là pour le servir. Bref. Je passai entre plusieurs mains, six en tout sur une durant d’environs quatre ans. Les raisons de l’abandon étaient diverses et variées et pour tout avouer, je ne les retenais pas. Il eut cette femme là, un scorpion je crois, qui m’avait hérissé. Elle était dangereuse, je le savais et elle aussi. Elle avait vu en moi le moyen de se faire de l’argent, et pas forcément de manière très légale. J’ignore si elle avait le droit de faire combattre ses esclave dans des arènes, mais j’atterri bien dans l’une d’entre elle. Parfois c’était contre des humains, plus rarement contre d’autres hybrides. Je ne sus jamais si ces derniers étaient comme moi. Toujours est-il que la demoiselle se fit arrêter pour une raison où une autre –elle trempait vraiment dans des trucs louches – et je fus encore une fois remis en vente, et à ce compte, je n’allais jamais pouvoir rien trouver ! J’avais fuit à de nombreuses reprises, chaque fois rattrapé par des chasseurs et chaque fois remis en correction, à se demander si j’aimais ça.

J’en étais donc là, pratiquement désespéré de ne pouvoir avancer et remis encore une fois à la vente après une chasse qui s’était finie par moi capturé et un oiseau vachement amoché. La petite chose fragile allait se souvenir de moi pour un très long moment.
 

Alexandros Archeron

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MessageSujet: Re: Alexandros Archeron /!\ violence, relation avec écart d'âge Alexandros Archeron  /!\ violence, relation avec écart d'âge EmptyJeu 24 Jan 2019 - 0:08
O^O bienvenu *a jamais vu une si grande fiche* bruh gg x) dans l'espoir de rp avec toi un jour ^-^
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MessageSujet: Re: Alexandros Archeron /!\ violence, relation avec écart d'âge Alexandros Archeron  /!\ violence, relation avec écart d'âge EmptyJeu 24 Jan 2019 - 17:44
Ahah, et encore, c'est aps la plus grande que j'ai pu pondre xD

Merci pour ton petit message, et ouaip, ça serait avec plaisir de te rencontrer ♥️
Alexandros Archeron

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MessageSujet: Re: Alexandros Archeron /!\ violence, relation avec écart d'âge Alexandros Archeron  /!\ violence, relation avec écart d'âge EmptySam 26 Jan 2019 - 14:54
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Superbe fiche !
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MessageSujet: Re: Alexandros Archeron /!\ violence, relation avec écart d'âge Alexandros Archeron  /!\ violence, relation avec écart d'âge EmptyDim 27 Jan 2019 - 16:20
BOUH !!!

j'ai ENFIN fini de lire ta fiche ! Longue. Très longue. Mais passionnante ! J'ai lu d'une traite ! Et franchement, magique owo
Je n'ai aucun point sur lequel titiller. Pour moi, le gros a été dis, et tu n'as pas été complètement de travers (8D)

Je te mets donc ta couleur, petit félin ! ♥️

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Congrat' pour ta validation !
Maintenant passe ta souris ici
et admire le reste :3



Et maintenant voici la petite liste des choses à faire et à voir avant de te lancer :

Le Règlement - A lire et signer, si ce n'est pas déjà fait :3

Les Recensements - Hop, tout les recensements sont dans cet unique sujet ! Merci de le remplir obligatoirement !

Le Journal - Va zieuter ce qu'il s'y passe, cela peut avoir un impact en rp et donc pour ton personnage, le journal n'est pas à négliger !

Les Adoptions - Tu cherches un maitre ou un pet ? C'est par ici !

Les Rp's - Si tu n'as personne avec qui commencer un rp, poste une demande ! N'oublie pas que si quelqu'un t'intéresse, tu peux aussi le MP directement pour faire ta demande :3

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